LES STUDIOS : TITUS Article rédigé par Wizzy

Avec sa grande langue qui pendouille, la mascotte de Titus fut le héros de l’un des premier jeu de la société, Maddog, une sorte de Tamagotchi ou de Nintendogs avant l’heure sorti en 1986 sur les ordis 8-bit de l'époque (CPC et MO5). On y suivait la journée de ce toutou en choppant des oiseaux ou en maltraitant des chats. C’est un jeu sympathique, qui fait la part belle aux graphismes et sans prétention. Un petit jeu qui ne mange pas de pain.

Sympathique et sans prétention, dans l’esprit des joueurs, ce fut d’ailleurs un peu la marque de fabrique de cette société. Et pourtant, lorsque Gilles Espèche, Eric et Hervé Caen fondent Titus en 1985, c’est non seulement avec l’ambition de faire les meilleurs jeux possibles sur les micros de l'époque mais surtout avec le rêve fou de les exporter au-delà de nos frontières. De faire tout simplement de Titus le Nintendo français.


> A l’Américaine !

C’est dans cette optique qu’en 1987 sort le premier jeu "international" de la société : Crazy Cars. Un jeu de voiture rutilant, "à l’américaine", inspiré de Out Run avec sa 3d Bitmap, à la fois colorée et réussie, et son ambiance californienne. Le jeu paraîtra sur tous les ordinateurs de l’époque : Amiga, Atari ST, MSX ou Amstrad CPC et marquera les esprits par la présence de grosses cylindrées que sont la Mercedes 560, la Lamborghini Countach, la Porsche 911 ou la Ferrari GTO. Sa suite Crazy Cars II particulièrement réussie avec ses routes à choix multiples restera pour ma part un émoi vidéoludique sur Amstrad !

Sommet dans la série fétiche de Titus, Crazy cars III sort sur Super Nintendo sous le nom plus international encore de Lamborghini - American Challenge et propose de traverser les Etats-Unis de long, en large et en travers. Avec de superbes graphismes, on y affrontent des chauffards aux mines patibulaires dans des courses illégales où les dollars coulent à flot.

Toujours avec ce rêve américain dans la tête, Titus s’offre les personnages des Blues Brothers, immortalisés dans le film musical de John Landis en 1980. On est pourtant très loin de l’univers du film, le jeu se rapprochant plus de l’ambiance fantaisiste d’un Mario. Le jeu de plates-formes sort sur Amiga mais aussi sur Nes et Super Nintendo avec des graphismes ultra-colorés (qu’on associe souvent aux jeux Titus).

Petit coup de pub, Lagaf’ - les aventures de Moktar, jeu de plates-formes paru sur Amiga, Atari ST et CPC suivit de près le 45 tour de l’animateur alors en vogue à l’époque : la Zoubida. Même si on peut discuter sur le fond (humour douteux à la Michel Leeb), le jeu pas mauvais dans le genre eut le mérite de faire connaître le travail de Titus à un plus large public notamment par le biais du clip qui réutilisait des passages du jeu.


> Devenir le Nintendo Français

En 1991, Jean Christophe Allessandri et Olivier Diaz, deux jeunes lycéens, concoctèrent un jeu nommé Prehistorik que Titus aura le flair d'éditer, un excellent jeu de plates-formes préhistorique à la Chuck Rock, qui sera adapté sur tous les micros de l’époque et deviendra au fil des épisodes le Super Mario de Titus.

Après une suite dument nommée Prehistorik 2, commence en 1993 le développement du superbe Prehistorik Man sur Super Nintendo. Au menu : un humour rafraichissant, des sprites délirants, une animation particulièrement soignée, des décors magnifiques exploitant à merveille les capacités graphiques de la Super Nintendo et un level design n’ayant rien à envier aux meilleurs titres du genre...

Mais son développement est très long et quand sort le jeu en 1995, la Super Nintendo est déjà en fin de parcours, la Playstation a déboulée et l’époque n’est plus à la 2d...


> Le délicat passage de la 2D à la 3D

Attaquer le grand marché américain dès 1988, rentrer en bourse en 1996 ou racheter des studios de développement comme BlueSky Software montrent que Titus n’a pas manqué d'ambition.

Mais Titus n’a pas su prendre le difficile virage de la 3d. Créer des jeux aussi complexes augmentent les risques financiers que Titus n'a pas su ou n'a pas pu prendre. Et le repli de Titus vers la Super Nintendo où elle éditera des jeux jusqu’en 1996 ou la Game Boy est un aveu de ses difficultés à se confronter à un marché alors en pleine évolution.

Beaucoup de jeux de plates-formes à l’ancienne sortiront sur ces supports, se basant sur du pixel-art d’une indéniable qualité mais avec une action très classique :
- Titus sur Game Boy Color avec comme héros la mascotte de la société
- le très beau Incantation sur Super Nintendo.
- les jeux développés par Flair comme Oscar, Realm ou Whizz sur Super Nintendo
- des adaptations des meilleurs jeux de l’éditeur sur Game Boy Advance comme Prehistorik Man.


> La Nintendo 64, pour le meilleur et... pour le pire !

Délaissant la Playstation et la Saturn, c’est avec la Nintendo 64 que Titus tente enfin en 1996 une percée dans la 3d. La société a misé également sur les jeux à licence et adaptations en tout genre.

Lamborghini 64 sur Nintendo 64 s'en sortira avec les honneurs. Le jeu mettra en valeur les coloris exubérants et les courbes agressives de la Countach et de la Diablo de la firme italienne. On retrouvera même les petites concurrentes, de la Ferrari à la Porsche, superbement modélisées. Le jeu manquera toutefois de peu d’être un incontournable de la console, la faute à une ambiance policée et à une impression de vitesse moyenne.

Les Blues Brothers sortiront également sur Nintendo 64, mais le film dans sa version 2000 est un bide et la référence au premier film est trop vieille pour susciter l’attention des jeunes joueurs à qui Titus destine cette production. Toujours sur Nintendo 64 et sans trop se soucier du bon goût, Titus commettra le kitchissime Xéna la guerrière - The Talisman of Fate tiré de la série du même nom. Le jeu est très moyen et ne suscitera guère l’intérêt des gamers... Mais il y a bien pire que ce Xéna.

Le pire, ce sont deux jeux qui plongeront l’éditeur dans les tréfonds qu’il avait toujours su éviter auparavant. Grand défouloir gore et immoral sur PC, Carmaggeddon 64 fera tâche sur Nintendo 64 avec sa maniabilité désastreuse, son intérêt de jeu frôlant le zéro pointé et sa 3d sans détail tout simplement hideuse. Le gouffre du jeu à licence sera aussi cet improbable Superman 64 sorti en 1999, pas fini, injouable et affreux, considéré par les retrogamers de tout bord comme l’un des plus mauvais jeux de l’histoire des jeux vidéos...


> Quelques jeux et puis s’en va...

Quelques motifs de satisfaction sur d’autres supports tout de même : le sympathique Roadster sur Dreamcast où on retrouve le goût de Titus pour les belles carlingues et le Mario 64 de Titus, Kao The Kangourou. Néanmoins, en terme de réalisation, ce sont des productions modestes en comparaison des hits de l’époque. Développé par Tate Interactive pour Titus, Kao The Kangourou sur Dreamcast et PS2 reste ainsi dans la lignée des productions Titus : sympathique mais sans prétention.

Alors qu’aucun film ne sort mettant en scène le célèbre Robot policier, Titus tente en 2003 a nouveau le jeu à licence : Robocop sur PS2, X-Box et Gamecube. Il s’agit d’un Fps médiocre qu’on oubliera aussitôt et qui signera tristement la fin de l’aventure Titus.

Endetté (sur un coup de poker, Titus devient actionnaire majoritaire d'Interplay) et sacrifié comme Kalisto ou Cryo qui auront eu bien du mal à négocier le passage à l’an 2000 (la fameuse bulle Internet éclate à ce moment-là), le Rêve américain aura tourné court.

Titus n’aura pas eu les moyens de son ambition démesurée, n’ayant pas su innover dans un secteur qui ne supporte pas la stagnation. Néanmoins, tout bon retrogamer trouvera son compte à découvrir les pépites méconnues de Titus (et il y en a plein !) sur Amiga, DOS ou sur Super Nintendo... ou bien à l’occasion roulera à toute berzingue dans sa Lamborghini sur Crazy Cars III.

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