LES CONSOLES VIDEOPAC / ODYSSEY² Article rédigé par Blondex

L’Odyssey², sortie par chez nous sous le nom de Videopac, est l’une des premières consoles de salon à dissocier le jeu de la machine, une évidence pour nous à l’heure actuelle qui ne coulait pourtant pas de source à l’époque de sa sortie. Console intéressante à plus d’un titre, l’une des rivales de l’Atari 2600 a rencontré un succès assez restreint. La Videopac est cependant un réel témoin d’une époque où le marché du jeu vidéo se cherchait encore. C’était également une console novatrice pour son époque, dont les ambitions affichées à son lancement tranchent avec la réalité.


> De Magnavox à Philips

C’est tout d’abord la société Magnavox qui sort la console aux Etats-Unis en 1978. Le nom « Odyssey² » marque la volonté de prendre la suite de l’Odyssey, la toute première console de jeu commercialisée.
Lorsque Philips achète la division électronique de Magnavox, décision est prise de sortir rapidement un clone quasi-identique de l’Odyssey² en Europe : cette console prendra officiellement le nom de Videopac, et sortira dès 1979.

Adoptant la même stratégie que pour son format de cassettes Video 2000 au début des années 80, Philips veut faire de la Videopac un standard dans le domaine des jeux vidéo.
La console sortira ainsi sous plusieurs marques différentes de Philips (Schneider, Radiola, Siera), et le groupe néerlandais va passer un accord avec Thomson, lui permettant de vendre des consoles compatibles avec les jeux Vidéopac : ce seront les consoles Jopac.


> Les différents modèles

L’Odyssey², tout d’abord, est bien évidemment le tout premier modèle. A la différence des consoles Videopac, Magnavox ne sortira que ce modèle, mais lui adjoindra un modulateur vocal exclusif aux Etats-Unis. Le « truc en plus » de l’Odyssey² par-rapport à la Videopac est la présence du bouton Power.

Côté Philips, le premier modèle, et le plus répandu, est le G7000. Là où ça se complique, c’est que selon les marques, la Videopac ne sort pas exactement sous le même nom.
En France, la console prend le nom de Videopac C52 pour la marque Philips, Jet 25 pour Radiola, et Videopac 7000 pour Schneider.

L’ambition affichée de la console était véritablement de devenir un « ordinateur de jeux ». Le jeu vidéo restait évidemment son credo principal, mais il était prévu de proposer de nombreux programmes permettant de transformer la Videopac en ordinateur très moderne, en atteste son clavier intégré de série.

« L'excitation d'un jeu, l'esprit d'un ordinateur ». Mais bien sûr !

Allons cependant au-delà de la publicité - et Philips ne lésina pas sur les moyens à l‘époque, la Videopac, comme les autres modèles d’ailleurs, n’était absolument pas un ordinateur, et ne pouvait fonctionner sans cartouche. Seule, la console ne servait donc strictement à rien, et à dire vrai, tant mieux car son clavier est particulièrement affreux !

La G7200 ne différait pas de la Videopac sur le plan technique, mais proposait un écran de téléviseur noir et blanc incorporé, pour pouvoir jouer dans sa chambre sans embêter les parents avec des bip-bip insupportables !

L’écran incorporé à la console était un argument de vente à l’époque, afin de dissocier la console de salon du poste de télévision. Cette politique partagée par d’autres marques de consoles sera néanmoins un échec, compte tenu du prix dissuasif.
Philips sortira malgré tout un autre modèle, le N60, plus compact.

Flashback dans la fin des années 70 - début des années 80, avec la Vidéopac ! La G7200, un modèle exclusif à l'Europe. Le Philips N60 n'est qu'un G7200 au design différent.

La Videopac + (ou G7400 selon les marques) sort en 1983, et était quant à elle un modèle amélioré de la Videopac standard, pouvant afficher des décors.
Elle pouvait faire fonctionner les jeux Videopac, bien entendu, mais avait également une ludothèque propre ne pouvant pas fonctionner sur l’ancien modèle.

Sorti tardivement, et techniquement à la ramasse par-rapport à la concurrence, ce modèle n’aura pas vraiment contribué à relancer la Videopac. Relativement peu de jeux, les derniers en date en l’occurrence, seront ainsi exclusifs à ce support.
A noter que ce modèle aurait du sortir sous le nom « Odyssey3 » aux Etats-Unis, mais Magnavox ne l’a finalement pas commercialisé.

Enfin, un modèle dérivé de la Vidéopac +, la Jopac (« JO » pour Jeux d‘ordinateur, et « pac » en référence à la Videopac), proposée par la marque Brandt. Il dispose en fait du même hardware que la Vidéopac +, mais suite à l’accord passé entre Philips et Thomson, ce dernier pouvait proposer une console au design différent. Tous les jeux Videopac étaient compatibles avec la Jopac, et cette dernière proposait même des jeux exclusifs.

Une Vidéopac + (modèle 7401 avec prise péritel) et l'extension C7420 permettant de faire de la programmation en basic. La Jopac de Brandt, un modèle rare.


> Les jeux

L’ensemble de la gamme Videopac compte en fait officiellement 66 jeux, quand sa concurrente, l’Atari 2600, en a proposé bien plus de 1 000 (même si la qualité laissait souvent à désirer).

La liste des jeux est disponible ici.

Le plus connu des jeux Videopac est ni plus ni moins que l’adaptation maison de Pacman, KC Munchkins (Gloutons et Voraces en français). Le but du jeu était sensiblement le même que le légendaire Pacman de Namco, à la différence que le glouton disposait d’antennes (le détail qui tue !) et évoluait dans un labyrinthe dont les murs étaient mouvants.

Le petit glouton deviendra ainsi la mascotte officieuse de la Vidéopac !

La ludothèque était relativement variée, et proposait aussi bien des jeux de sports (basket, foot...) que des jeux d’action, de réflexion ou de casino.

Thunderball, un jeu de flipper. Pour l’anecdote, ma mère en était accro ! 4 en Ligne, un jeu de puissance 4 opposant chiens et chats. Qu’est-ce que c’est que ce jeu ?? Allez, je vous aide, c’est du golf ! Nightmare, un jeu ne fonctionnant que sur Vidéopac +. Les images sont plus belles, mais les sprites restent affreux.

Et des liens vers quelques vidéos pour vous donner une meilleure idée des jeux en action (ne remplissant pas les conditions d’une bonne vidéo, je ne peux les laisser apparaître sur le site) : Gloutons et Voraces, et Frogger.

Certains jeux se seront également révélés particulièrement originaux, et ont de quoi nous faire rire, comme le jeu de morse… le langage codé hein ?
On retiendra aussi une cartouche (la n°9, Programmation) proposant de faire de la programmation, dans le but affiché de faire de la Videopac un véritable ordinateur… ce qui se sera révélé être une odieuse arnaque.
Plus ambitieux, deux jeux de plateau étaient également sortis sur la console : en fait, la cartouche n’était pas le jeu en tant que tel mais ne proposait qu’un moyen d’avancer dans le jeu de plateau bien réel lui !

Graphiquement, les jeux se ressemblaient beaucoup (notamment les sprites). En effet, c’est la console qui proposait une base prédéfinie de sprites, et non les jeux. Une solution qui si elle améliorait les temps de chargement (les rendant inexistants), limitait les capacités de proposer des jeux vraiment différents les uns des autres.

Le module C7010 se branche à la Videopac pour l'expérience ultime : le jeu d'échecs !

Les jeux étaient développés par les équipes internes de Philips / Magnavox pour leur très grande majorité. On dénombre ainsi 60 jeux Vidéopac - les jeux maison étaient tous numérotés. Trois autres jeux (Interpol, Clay Pigeon et Flash Point, numérotés de 61 à 63) ne sortiront jamais, bien qu‘il soit maintenant possible de les trouver en format cartouche (réalisé par des passionnés) ou en ROM sur internet.

Seulement deux éditeurs tiers (Parker et Imagic) se sont en fait risqué sur la Videopac, l’ensemble des éditeurs préférant évidemment les supports plus récents, plus performants ou ayant tout simplement rencontrés plus de succès.
On dénombre ainsi seulement 6 jeux d‘éditeurs tiers, dont Q*Bert et Frogger. Illustrations et exemples de jeux ici. Vous noterez par ailleurs que les boîtes de jeu en plastiques, très solides, proposaient de très belles illustrations. Chacune d’entre elles étaient très soignées et donnaient plutôt envie.

Gloutons et Voraces, en boîte et notice ! Notez la poignée sur la cartouche afin de la retirer facilement de la console.

Si les jeux étaient franchement moches, l’emballage était réussi, une leçon de packaging quand on compare ces boîtes à celles des concurrentes, puis des consoles des générations postérieures, comme la NES et ses boîtiers cartons fragiles, ou comme celles de la Master System ou de la NEC PC Engine et leurs illustrations à la limite du grotesque.

Pour finir, il existe 2 modèles de cartouches de jeux Videopac. A compter du numéro 50, ce ne seront plus que des jeux Vidéopac +. Parmi ceux-ci, quelques-uns ne fonctionnaient pas sous le premier modèle Videopac.


> Zoom sur la Videopac C52

Je vous avais présenté plus haut une photo de la Videopac modèle C52, il s’agit d’une console en ma possession. Enfin, elle n’est pas tout à fait à moi, mais je vous passe l’histoire… Aujourd’hui, elle n’est plus en état de marche, depuis bien longtemps.

La console, dans son ensemble, avec les joysticks soudés. La taille d'une PS3, mais un design assurément meilleur ! Gros plan sur le joystick, ne comportant qu'un seul bouton.

Le joystick était incorporé à la console. Impossible de le détacher donc, ce qui n’était pas choquant pour l’époque. Selon les modèles, il pouvait être de couleur noire (voir photo) ou grise. Quant à l’Odyssey², le bouton Retenez bien l'essentiel, le plus important est la cartouche insérée dans la console, pas le clavier ! « Action » est rouge, et non noir.

La C52, comme tous les autres modèles G7000, se branchait sur la prise d’antenne du téléviseur. Seule la Vidéopac + modèle G7401 disposait d’un branchement péritel.

L’autre point de curiosité, au cas où vous l’auriez raté, c’est bien évidemment le clavier sensitif de la Videopac, son signe distinctif par-rapport à ses concurrentes de l’époque. Le clavier ne servait en fait qu’à démarrer les jeux, et insérer son prénom, rien de plus.


> L’impact de la Videopac / Odyssey²

Sur la seconde génération de consoles, le pari de Philipps de faire de la Videopac le standard du jeu vidéo aura été un échec. Malgré tout, compte tenu du peu de jeux disponibles, la Videopac aura réussi à connaître des ventes plutôt satisfaisantes. On estime à un million le nombre d’Odyssey² vendues aux Etats-Unis, et le standard Vidéopac (regroupant l’ensemble des marques commercialisant la console) a globalement connu encore plus de succès en Europe.
Le plus étonnant reste également sa période de commercialisation plutôt longue. Sortie en 1978, elle ne tirera véritablement sa révérence qu’en 1987, avec la sortie de la NES. En effet, il était encore possible de trouver facilement des consoles et des jeux Videopac en 1986, à des prix relativement modérés par-rapport à la concurrence. Pas si mal pour une console qui était techniquement inférieure à l’Atari 2600 !

La Videopac conserve aujourd’hui encore des inconditionnels, écumant les vides-greniers et le net à la recherche des multiples modèles de Videopac.
Pour Philipps, elle représente également un premier pas dans le monde du jeu vidéo, avant le lancement de la CD-i… qui sera quant à elle son dernier !

Un grand merci à mon père pour les photos de la Videopac C52 !

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