LES HEROS : EARTHWORM JIM Article rédigé par Blondex

Etre un héros remarqué du jeu vidéo et passionner des millions de joueurs, cela tient parfois à peu de choses. Dans le cas de Jim le ver de terre, un seul jeu aura suffi pour faire de lui une star du monde vidéoludique, peut-être pas au même titre que Mario ou Sonic… mais pas si loin ! Grand paradoxe quand on sait que le lombric ne compte à son actif qu’une petite poignée de jeux.



> La naissance d’une série et d’un nouvel univers

Earthworm Jim est le premier jeu développé par le studio Shiny, fondé en 1993 avec à sa tête David Perry, mais l’équipe de Perry cumule déjà quelques faits de gloire : le remarquable Aladdin sur Megadrive, merveille vidéoludique aux animations particulièrement bien travaillées. Peu de temps après, c’est au tour de Cool Spot, l’autre mascotte de la boisson gazeuse 7 Up (oui, je fais de la pub, et je ne m’en cache pas, parce que le site en a besoin !), d’être au centre du jeu du même nom.

Clairement inspiré des cartoons, l’univers de Jim brasse tout un ensemble de décors et d’ennemis particulièrement hétéroclites, ce qui a fait dire qu’au-delà de la difficulté globale des jeux estampillés Earthworm Jim, la marque de la série est l’absence volontaire d’une quelconque cohérence dans le déroulement des jeux.

L’histoire est finalement plus celle de la super combinaison, une merveille de technologie qui change n’importe qui en super héros. Inventée par le professeur Tête-de-Singe, elle sera perdue dans l’espace au cours d’un bête accident, et atterrira par hasard sur Terre, plus précisément sur Jim qui va ainsi enfiler la combinaison et devenir Earthworm Jim ! Outre la Reine des Termites, qui engage le chasseur de primes Psy-Crow pour la retrouver, d’autres sinistres personnages veulent la combinaison, mais Earthworm Jim n’est pas sans défense. En plus de ses différents flingues (du standard à celui qui "casse la baraque", en passant par le pistolet à bulles), la combinaison peut se servir de Jim comme d’un fouet.

Jim côtoie ainsi tout un bestiaire désormais célèbre. En tête, on trouve bien sûr le rival, Psy-Crow, un corbeau chasseur de primes ! Citons également Evil le chat et son armée de conseillers juridiques ; Bob le poisson-rouge démoniaque, et son acolyte le chat-drone N°4 ; Peter le gentil chiot, qui se transforme en horrible monstre lorsqu’il est contrarié ; Professeur Tête-de-Singe ; Chuck le gros-qui-pue et son "chien" Fifi ; le major Mucus, qui défie Jim dans une séquence de saut à la corde culte ; et la Reine des termites, une monstruosité de la nature !

A ces ennemis, on peut également ajouter la princesse Machin-chouette - qu’il faudra sauver dans les 2 premiers Earthworm Jim -, et Earthworm Kim, l’alter ego féminin de Jim dans le 3ème opus.


> La mise en orbite

Le jeu sort d’abord sur Megadrive puis sur Super Nintendo. Suivront également des versions PC, Game Gear et Game Boy. Quelques points particuliers distinguent les deux versions "rivales". Si EWJ sur SNIN est techniquement supérieure (graphismes et sons de meilleure qualité), la version MD dispose quant à elle d’un niveau supplémentaire. Aujourd’hui encore, Earthworm Jim est un symbole de la rivalité entre ségalopins et nintendomaniaques, qui se sont disputés pour savoir laquelle des 2 versions était la meilleure. Je ne rentrerai pas dans ce débat vieux de plus de 10 ans, de toute façon, la meilleure, c’est la version … (complétez la phrase selon votre convenance !).

Quelque soit la version, Earthworm Jim a été un succès immédiat, faisant de son héros une star ! Le jeu arrive en terrain conquis sur Megadrive, tandis que sur Super, il entre sérieusement en concurrence avec le pourtant phénoménal Donkey Kong Country.

Les raisons de ce succès sont multiples. Outre l’animation époustouflante des personnages, et plus encore celle de Jim, ultra fluide et très détaillée, c’est l’ambiance générale du jeu qui a retenu l’attention. Jusque là, le burlesque et les blagues grasses dans le jeu vidéo étaient très peu représentés, le seul jeu me venant à l’esprit à cette époque est le moyen Boogerman, dont le héros pète et rote à tout va.

De ce point de vue, Earthworm Jim place la barre très nettement au-dessus. Ce n’est pas quelques pets égarés par-ci par-là, c’est un tourbillon de toutes sortes d’humour. Les plaisanteries grasses sont évidemment de la partie avec des rots, la cuvette de WC qui fait office de Warp zone (un subtil clin d’œil aux tuyaux de Super Mario Bros)... Mais Earthworm Jim n’est pas non plus avare en absurdités de tous genres, à commencer par le lancer de vache totalement gratuit, la présence d’un bonhomme de neige en enfer, tout comme les dangereux conseillers juridiques sortant de leurs mallettes de douloureuses déclarations, les courses à dos de hamsters ou encore le court niveau bonus dans le noir le plus complet, en hommage aux cartoons… sans oublier, cela va de soi, les animations hilarantes de Jim laissé à lui-même ! Citons entre autres celle où la super combinaison se sert de Jim comme corde à sauter, ou le fameux caleçon à poids lorsque notre héros prend la pose.

La musique est également un élément clé du jeu : de la country, de la musique symphonique ou technoïde… Tout se mélange allègrement dans la bonne humeur !

Traversant un dépotoir à ciel ouvert, Jim voyage à travers la galaxie pour s’arrêter dans des niveaux aussi variés qu’une planète infernale, un repère sous-marin, pour ensuite aller promener un chiot au milieu d’une chute de météorites ! Chaque niveau est donc un nouveau défi qui pousse toujours plus loin dans l’absurdité !

Face à ce succès, un deuxième volet était inévitable, sans oublier une édition spéciale d’Earthworm Jim sur Mega-CD, comportant des niveaux supplémentaires et un son qualité CD.


> Une suite opportune

Quand Earthworm Jim 2 sort un an plus tard, son succès paraît acquis d’avance. En digne suite, le jeu approfondit l’univers déjanté du ver de terre. Ainsi voit-on débarquer toute une cohorte de nouveaux ennemis, comme les mamies qui tombent d’on ne sait où lorsque Jim se déplace en fauteuil d’escalier (inutile de se demander ce qu’elle font là de toute façon !) ou les aliens kidnappeurs de vaches.

Cette suite s’avèrera tout de même bien travaillée, avec de nouvelles animations, de nouvelles armes, et un nouveau personnage, le gluant Snort qui sert de parachute et de grappin.

Dans l’ensemble, le jeu va encore plus loin dans l’humour décalé. Rayon musiques, la première partie de la Sonate au clair de lune de Beethoven accompagne ainsi le niveau étrange où Jim est changé en crotale, et la troisième partie la course finale entre Jim et Psy-Crow. Pour des niveaux aussi décalés, le choix de ces morceaux ne pouvait que tomber sous le sens ! Un mélange de musiques populaires italiennes (dont le très célèbre Funiculi Funicula) viendra vous stresser dans les niveaux bonus où vous devez sauver de la mort les innombrables chiots de Peter. Les autres musiques ne sont pas en reste et accompagnent parfaitement les nouveaux décors que traverse Jim, comme la planète de la paperasserie administrative, ou celle des barbecue. Allez savoir pourquoi, mais Jim se met également à l’accordéon et à la cornemuse !

Peut-être pas aussi réussi que Earthworm Jim premier du nom, les fans considèrent malgré tout Earthworm Jim 2 comme l’apogée d’une saga… déjà !


> Un déclin vertigineux

Aussi étonnant soit-il, Earthworm Jim n’aura finalement pas vraiment duré dans le monde du jeu vidéo, alors que le personnage est très populaire et toujours apprécié à l’heure actuelle.

Rien en effet n’aurait pu laisser deviner le destin tragique de Jim, qu’une chute de frigo assomma pour toujours ! (à lire avec la voix de Frédéric Mitterand à l’esprit !).

Certes, un mauvais dessin animé ne permettra pas à Jim d’étendre sa gloire. Certes, le lombric fait une apparition compromettante dans le très mauvais Clayfighter 63 1/3 sur N64.

Mais la vraie raison de l’abandon de la licence Earthworm Jim, et du personnage qui va avec, il ne faut pas la chercher bien loin : La faute en revient à l’échec commercial du 3ème volet des aventures du ver de terre, celui en 3D, qui aura connu un développement chaotique. Interplay achète le studio Shiny en 1996, mais l’équipe de Perry ne semble pas disposer de moyens considérables pour finir la nouvelle mouture. Ainsi, entre les premières images du jeu, et le jeu réellement sorti, l’impression de bâclé paraît évidente. Des niveaux ont été sabrés, d’autres supprimés (des premières images du jeu montraient un Jim rétréci dans une cuisine), tout comme des ennemis présents dans un premier temps (comme Evil le chat). Il se passe en fait 3 ans, entre le début du développement peu après Earthworm Jim 2 et le jeu définitif, un délai fatal à Earthworm Jim 3D qui sortira discrètement en 1999 sur N64 et en 2000 sur PC, bien après la diffusion du dessin animé que le jeu était sensé accompagner.

Attendre en effet 3 ans pour un jeu certes sympathique, ne négligeant pas l’ambiance déjantée de ses prédécesseurs, mais miné par des problèmes de caméra et un manque d’originalité, ne justifie pas raisonnablement un achat prioritaire, quand en plus on peut trouver sur la N64 des merveilles comme Super Mario 64 (dont EWJ 3D s’inspire clairement), Banjo-Kazooie et sa suite Banjo-Tooie, Donkey Kong 64 et Rayman 2. Sur le terrain du burlesque, il sera même dépassé plus tard par Conker’s Bad Fur Day, qui va beaucoup plus loin dans le mauvais goût.

Comme de nombreuses séries nées avec la 2D, les aventures d’Earthworm Jim n’ont pas passé le cap de la 3D avec succès.

Earthworm Jim réapparaîtra bien dans Menace 2 the Galaxy, un jeu en 2D sorti sur Game Boy Color non développé par Shiny, mais est-il nécessaire d’en parler tant le jeu se passe de commentaires ?

Malgré ses défauts, mais grâce à sa fidélité avec ses prédécesseurs 2D, les fans considèrent donc qu’Earthworm Jim 3D est le dernier jeu de la licence à l’heure actuelle.


> A quand de nouvelles aventures ?

Depuis 2000, le ver de terre voit ses deux premières aventures adaptées sur Game Boy Advance, mais rien de nouveau, ou plutôt si, Earthworm Jim 2 a été si affreusement mal adapté que j’espère que personne n’a découvert ce jeu par ce biais !

Le retour d'Earthworm Jim n'est en fait qu'une histoire de remakes successifs du premier épisode, encore et toujours. Il était d'abord question d'Earthworm Jim sur PSP, le jeu devait mélanger éléments en 3D dans un scrolling classique en 2D. Dans la foulée, Infogrames (devenu par la suite Atari), qui avait racheté le studio Shiny en 2002 durant sa grosse période de boulimie, annonça un nouveau volet "exploitant toutes les possibilités offertes par la 3D". Autrement dit, un nouvel épisode 3D !

Le temps passe, mais Atari ne communiqua aucune nouvelles informations concernant l’un ou l’autre de ces projets. Finalement, le développement du remake d'Earthworm Jim pour la PSP a été purement et simplement annulé. Quant au nouveau volet 3D, le jeu reste en l’état une simple rumeur.

On croyait le lombric perdu dans l'espace après ces deux revers, mais il était écrit qu'Earthworm Jim reviendrait avec un remake du premier volet. Après moultes péripéties, la licence est finalement tombée dans l'escarcelle d'Ubisoft... avec cette fois du concret : Earthworm Jim HD ! Le développeur Gameloft, spécialisé dans les jeux pour téléphones portables, smartphones et plateformes de téléchargement, a ainsi réalisé un remake longtemps attendu, avec quelques surprises en bonus. Outre les niveaux originaux proposés dans leur intégralité avec de tout nouveaux graphismes, Gameloft a ajouté 3 niveaux en supplément... et propose un mode multijoueurs jusqu'à 4 (en ligne ou non). Le jeu peut également se targuer d'être en pure 2D.

Pour le moment proposé sur le Xbox LIVE Arcade et le PS Store, Earthworm Jim HD pourrait éventuellement être porté sur d'autres supports en cas de succès. Surtout, il relance la série après 10 ans d'absence dans le paysage vidéoludique.

Difficile cependant d'affirmer que Jim a retrouvé sa forme des grands jours ; pour le moment, le ver de terre reste plongé dans une forme de quatrième dimension, en revivant sa première aventure. On pourra ainsi parler de confirmation quand un vrai nouveau Earthworm Jim verra le jour... et les espoirs sont permis : les anciennes séries, comme Rocket Knight, les Megaman, Castlevania ou Sonic classiques, font les joies des plateformes de téléchargement, nouvel eldorado des jeux "neo retro", et Earthworm Jim, bénéficiant toujours d'un certain prestige, y a parfaitement sa place.

L'avenir de Jim sera donc à surveiller dans les prochaines années !

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