LA JAGUAR Article rédigé par Wizzy

> Jaguar Vs Panther

La Jaguar est née du désir d’Atari de rester dans la course des consoles familiales. En effet après s’être fait une place au soleil dans le monde de la micro avec l’Atari ST, Atari a l’appétit du géant qu’il était au début des années 80. La société vient de lancer la Lynx, une console portable en avance sur son temps, et compte tout naturellement avoir sa console de salon.

Le projet Panther est ainsi lancé en 1989. La console basée sur un processeur Motorola MC68000 (le même que la Megadrive) et un co-processeur permettant d’afficher des milliers de couleurs doit ainsi concurrencer sans problème les 16-bit de Sega et de Nintendo.

La folie des grandeurs n’a pas encore touché Atari à cette époque-là.

C’est en 1991 qu’un autre projet, proposé par Flare Technology, prendra le pas sur celui de la Panther. Un projet alléchant qui permettra au vu des capacités de l’hardware d’avoir 10 ans d’avance sur tout le monde et d’écraser sans soucis toute concurrence. Il s’agit non plus d’une 16-bit ou même d’une 32-bit mais d’une 64-bit ! Une 64-bit !! Une 64-bit avec de la 3D magique, insoupçonnable en 1991, avec non plus des milliers mais des millions de couleurs affichables. Ce projet renversant pour l’époque mettra deux années à se concrétiser.

Et en 1993, la Jaguar est enfin annoncé officiellement. Dans le même temps, deux autres consoles américaines sont présentées à grands renforts de chiffres spectaculaires : la 3DO de Trip Hawkins et l’Amiga CD32 de Comodore. Mais aucune au vu des chiffres ne pourra concurrencer la puissante Jaguar. Avec cette annonce délirante, Atari a fait très fort et a touché en plein cœur l’imaginaire des joueurs avec des chiffres magiques : 64-bit !!!

Beaucoup croit d’ailleurs à un canular de la part d’Atari et malheureusement, la suite ne leur donnera pas tort.


> Noël 93 et puis plus rien

Pour devancer tout le monde, Sam Tramiel, le papa d’Atari annonce un peu vite qu’il vendra des Jaguars le Noël de la même année.

Seulement sans le soutien d’éditeurs japonais, les professionnels ne croient pas en l’avenir de la machine et les éditeurs tiers, pas très confiant, ne se bousculent pas au portillon.

De plus la 64-bit n’en est pas réellement une puisque c’est un gros mélange de la Panther avec le processeur Motorola (qui tourne sur la Megadrive !!) et une foire fouille de processeurs 32/64-bit/on sait pas trop qui génère des sprites ou des animations. On s’en doute un peu, la console est une horreur à programmer, avec une interface bourrée de bugs et un service « après-vente » d’Atari déplorable de l’aveu même des programmeurs.

Vu qu’il ne reste pas beaucoup de temps avant Noël et histoire de proposer quand même des jeux avec sa 64-bit, Atari annonce quelques jeux prévus initialement sur Panther (Raiden, Dino Dudes, Trevor Mc Fur in the Crescent Galaxie, Cybermorph).

Des jeux 16-bit qui proposent des graphismes en 2D. Seul Cybermorph sort du lot avec un univers 3D en ombrages de Gouraud.

Heureusement, des photos d’Alien Vs Predator, un doom-like ambitieux de Rebellion et d’Atari, paraissent dans la presse et augmentent d’un coup l’attente des joueurs.

Entres autres anecdotes, Atari s’associe avec le géant de l’informatique IBM pour la fabrication des consoles avec un contrat mirobolant et déraisonnable de 500 millions de dollars.

Du coup, lorsque Noël 93 arrive, la Jaguar sort bien à la date prévue avec Cybermorph et une grosse manette qui ressemble à un téléphone (avec plein de touches pour y placer des overlays à l’ancienne), le tout vendu au prix attractif de 250 dollars. Attractif surtout comparé à celui de la 3DO, console à priori moins puissante et qui dépassait les 600 dollars.


> Les jeux arrivent enfin !

Les commandes de consoles affluent de toutes parts dans un premier temps mais faute d'un stock conséquent (la sortie officielle de la Jaguar en 1993 ne concerne que 2 villes des Etats-Unis : New-York et San Francisco, la Jaguar est introuvable ailleurs !), Atari ne parvient pas à répondre à la demande. Pire, après 6 mois de commercialisation, on ne compte que 5 jeux disponibles. Difficile de s'imaginer qu'une console puisse s'imposer avec un catalogue de jeux aussi peu fourni.

Et si les jeux débarquent en nombre à partir d'Août 1994... Ce sont surtout des adaptations de jeux 16-bit, faciles et pas chères à réaliser (avec le fameux processeur Motorola), avec des graphismes améliorés (Cannon Fodder, Dragon, Flashback, Pinball Fantasies…). Des jeux sympathiques mais décevants pour des joueurs qui se prenaient à rêver devant les chiffres magiques d’Atari. La presse spécialisée se désintéresse d'ailleurs rapidement de la machine, ne rapportant qu'au compte goutte les sorties des jeux (déjà peu nombreux), avec un traitement qui plus est désinvolte. Les "64-bit" et le fameux "Do the Math" qui s'affiche dans les publicités américaines font l'objet de toutes les moqueries.

Après ce démarrage plus que poussif, des titres sortent quand même. Certains d’entre eux profitent en partie des capacités survendues de la console, redonnant un infime espoir aux joueurs :

  • Tempest 2000 le shoot mythique du « Yak », j’ai nommé Jeff Minter. Un jeu pas très grand public avec des graphismes abstraits mais un grand jeu assurément.
  • Alien Vs Predator , un FPS de très haute tenue qui sera noté 95% par le magazine Consoles+. Dixit les testeurs de l’époque : « le meilleur jeu d’action toutes consoles confondues ». Il est plaisant de noter que certains des concepteurs de ce jeu se retrouveront quelques années plus tard sur GoldenEye, une autre référence du FPS.
  • Wolfenstein 3D et Doom, deux FPS de légende signé ID software.
  • Iron Soldier, un jeu de méchas géants assez complet et novateur dans le genre.
  • En revanche, d’autres jeux renforcent cette impression d’arnaque sur les prétendues 64-bit de la Jaguar :

  • Checkered Flag, un remake de Virtua Racing en 3D flat à la jouabilité plus qu’incertaine. Il est amusant de constater que ce jeu est sorti le même jour que Ridge Racer sur Playstation au Japon.
  • Kasumi Ninja, le Mortal Kombat du pauvre d’Atari avec un bandana « Ninja » offert dans la boîte de jeu !
  • Club Drive, un jeu de voitures en 3D flat tout honteux.
  • Double Dragon V, un jeu de baston IGNOBLISSIME.
  • Fin 1994, Sony et Sega ont déjà lancé en orbite leur 32-bit avec des titres autrement plus affriolants que ces quelques jeux en 2D ou en 3D bien vilaines. La Jaguar semble déjà à bout de souffle un an à peine après sa sortie.


    > La folie des grandeurs

    En 1995, déjà en piteux état, Atari se tire à nouveau une balle dans le pied en sortant un add-on mort né : le Jaguar CD.

    Une opération kamikaze puisque le parc de consoles Jaguar est très faible (il faut avoir une Jaguar pour profiter du Jaguar CD). Les acheteurs potentiels sont donc peau de chagrin. Les ventes seront d’ailleurs microscopiques. A peine une dizaine de jeux verra le jour sur ce support dont Myst, le célèbre click and play venu du monde du PC, Cybermorph 2 et Iron Soldier 2, des suites à la belle réputation ou les dessins animés interactifs Dragon’s Lair et Braindead 13.

    Champion des communiqués fracassants et après le Jaguar CD, Atari annonce vouloir sortir un casque de réalité virtuelle pour sa Jaguar. Ce coup-ci, faute d’argent pour financer un tel projet, le casque restera une réalité virtuelle.

    Sam Tramiel, complètement coupé de la réalité réelle, souhaite par voix de presse concurrencer directement les 32-bit avec des jeux en 3D. Le problème, c’est que la Jaguar n’est pas douée pour ça. On trouvera ainsi en 1995 et en 1996 :

  • Hover Strike, l’un des rares jeux Jaguar à proposer une 3D mappée, I-War et Missile Command 3D, des jeux de tir en 3D flat (on est en 1995, l’époque de la Saturn, de la Playstation et des textures mappées.).
  • Fight For Life, le Virtua Fighter de la Jaguar, réalisé par un seul homme, un français ayant travaillé sur le système des caméras de Virtua Fighter 2 ! Bien entendu, avec un seul homme pour un jeu aussi ambitieux, le résultat final n’est pas très convaincant. Annoncé pendant plus d’un an et sorti en 1996, ce sera le tout dernier jeu d’Atari pour la Jaguar.
  • Au grand dam de Sam Tramiel, il y aura encore tout plein de jeux en 2D, exclusifs cette fois-ci au support, et fait par de petites boîtes de développement. Ultra Vortek (un bon jeu de baston gore), SuperBurnout (un jeu de moto français à la Hang On particulièrement réussi), Attack Of The Mutants Penguins (un titre improbable et bien fun) ou encore la réponse d’Atari à Mario Kart, le bien nommé Atari Kart. Des jeux qui fleurent bon la débrouille et la bricole.

    D’autres jeux de « gros » éditeurs sortiront également. Ce sont toujours des adaptations de jeu 16-bit en 2D : NBA Jam Tournament Edition, Power Drive Rally, Theme Park, Syndicate, Pitfall, Val d’Isère…

    Et puis enfin, sort à la fin de l’année 95, Rayman d’Ubisoft (qui deviendra la mascotte vedette de la société). Une merveille de jeu de plate-forme annoncé depuis les débuts de la Jaguar et qui est finalement sorti d’abord sur Playstation et sur Saturn. En dépit d’éléments absents par rapport aux 32-bit (les effets de brouillard entre autres choses), la qualité graphique du jeu prouve les grandes capacités de la Jaguar dans le domaine de la 2D avec une palette de couleurs très étendues. On se rend compte avec ce jeu du potentiel inexploité de la console. Une vraie tristesse en y repensant.

    Malgré de nombreuses sorties, rien ne va plus chez Atari et Sam Tramiel fait un infarctus en octobre 1995. Il laisse les commandes à son père Jack qui par son immobilisme va achever la compagnie déjà moribonde. En avril 1996, ç’en est fini, crois-t-on, de la Jaguar qui se sera finalement vendu à 250 000 unités dans le monde (la Play 2 s’est vendu à 120 millions d’exemplaires, ça aide à relativiser !). Et Atari n’est désormais plus qu’un nom prestigieux que l’on passe de main en main.


    > Graou !!!

    Pourtant, contrairement à ce que beaucoup pensent, la Jaguar n'est pas morte, elle vit encore grâce à une solide communauté qui voue un culte à la marque Atari. Beaucoup estime d'ailleurs que la machine n'a pas eu le destin qu'elle méritait.

    Ainsi comptant sur le soutien indéfectible de ces fans, Telegames a sorti très officiellement (c'est-à-dire sous licence Atari) de 1996 à 1998 : Breakout 2000, Towers II, Zero 5 mais aussi le célèbre Worms sur Jaguar, le jeu de F1 World Tour Racing et Iron Soldier 2 sur Jaguar CD.

    En 1999, Hasbro alors propriétaire d'Atari autorise sans contre-partie financière le développement et la commercialisation de jeux sur Jaguar, et déclare la console comme une plate-forme ouverte, libre de droit. Il s'agit d'une première dans l'Histoire des jeux vidéo ! Les curieux pourront lire ici le communiqué de presse d'époque de la part d'Hasbro.

    Désormais sauvage, la console gambade sur la scène Homebrew avec quelques jeux amateurs comme Painter en 2003 ou Mad Bodies qui sera proposé en 2009 en version cartouche par Force Design.

    Certains ont plus d'ambitions. En 2000, 4Play/ScatoLogic sort ainsi en grande pompe son BattleSphere, un jeu à la Wing Commander, longtemps prévu sur Jaguar et considéré d'après ceux qui ont eut la chance de l'avoir comme un des meilleurs jeux de son support. Mais en limitant volontairement le nombre de copies disponibles, l'éditeur/développeur vend le jeu à un prix prohibitif, créant ainsi d'année en année une spéculation sur la revente plus que douteuse. Aujourd'hui, on trouve BattleSphere et ses différentes versions à plus de 1000$.

    Sans tomber dans de tels travers, SongBird Productions reprend (en rachetant les droits aux développeurs), finalise et édite des jeux à l'origine abandonnés pour les commercialiser. Ce sont des jeux, à la réalisation professionnelle, qui tiennent la comparaison avec les jeux officiels. On trouve ainsi Skyhammer (de Rebellion, un jeu en 3D texturée) ou Protector (de Bethesda Software, les papas de Skyrim entre autres !), tous deux sortis en 2000. On pourra même jouer en 2005 à un remake de Commando, Total Carnage, signé Midway ou bien à Robinson's Requiem de Silmarils en version CD en 2012.

    A coté de ces reprises, la communauté des fans et des développeurs s'organisent autour de nouveaux projets de plus en plus ambitieux. Les anglais de Reboot et la scène française des Jaguaristes deviennent ainsi très actifs avec des sorties régulières de tous nouveaux jeux, la plupart en libre téléchargement, (ils ont connu depuis des sorties en support physique) comme Osmozys (Orion), Do the Same (CVSD/Jagware), Superfly DX (Reboot)... Ils produisent également des outils de programmation (le logiciel RaptoR entre autres) qui facilitent enfin le développement sur Jaguar, longtemps considéré par les développeurs comme une plaie.

    Pour qui en douterait encore, la Jaguar tient la grande forme plus de 20 ans après son lancement. En 2013, est sorti en version cartouche et Cd Impulse X de Matthias Domin, un casse-brique dans la lignée d'Arkanoïd et un magnifique point'n click développé par Orion, le très beau Elansar.

    Fin 2013, la ludothèque du fauve s'enrichit d'une perle vidéoludique : l'adaptation par les Removers et la Jagware Team du jeu mythique d'Eric Chahi : Another World. Le créateur du jeu himself adoubera cette version !

    Dernièrement avec les remakes de classiques de l'Atari ST (Rick Dangerous, Xenon 2, Custodian etc...), on dénombre désormais plus de jeux sortis au XXIème siècle sur Jaguar qu'au siècle dernier.

    Oui, c'est une certitude, la Jaguar vit encore ! Graouuu !!!

    Dernière mise à jour le 22/08/2018
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