LES STUDIOS : PSYGNOSIS Article rédigé par Wizzy

Le logo et la chouette Fer de lance de l'industrie vidéoludique anglaise, Psygnosis est un studio de développement et une société éditrice qui aura su fédérer autour de son nom un esprit que l'on trouvera nulle part ailleurs. Un esprit libertaire, des jeux ambitieux au gameplay complexe et aux graphismes travaillés qui feront le bonheur des possesseurs d'Amiga et d'Atari St à la fin des années 80 mais aussi celui des consoleux sur 16-bit et sur 32-bit juste avant le début du 21ème siècle.


> Un bouillonnement créatif...

1984. Imagine Software, une société réputée pour s’être occupée de la plupart des conversions Micros de succès japonais (Arkanoïd ou Ikari Warriors pour ne citer qu'eux) fait faillite.

Certains du personnel rejoignent l'ennemi (ici, Ocean), d'autres vont pointer au chômage et d'autres encore fondent leur propre société. C'est le cas de Ian Hetherington et Jonathan Ellis qui créé la société Psygnosis. 2 ans plus tard, sort le tout premier jeu Psygnosis : le futuriste Brataccas.

Brataccas (1986) le tout 1er jeu de Psygnosis Le 1er "gros jeu" et la véritable note d'intention de la société est développé par David H. Lawson et se nomme Barbarian (à ne surtout pas confondre avec Barbarians avec un s, l'autre succès barbare des années 80 et signé par Palace Software). Sortie sur C64, Amstrad CPC, Spectrum, Amiga et Atari ST en 1987, il met en scène un barbare musculeux dans un jeu de plate-formes certes classique mais efficace, dopé aux éléments graphiques ultra-détaillés pour l'époque, une des premières marques de fabrique de la société. Le jeu se démarque également par la qualité du packaging, très loin du carton vite photocopié et vite plié. L'illustration sur la boîte de jeu est offerte en poster et est signée par un certain Roger Dean (j'évoquerai plus tard le passif de ce grand homme).

Barbarian (1987) Psygnosis trouvera également sa force non pas simplement dans ses propres jeux (qui néanmoins établissent une vraie "ligne éditoriale") mais bien en se spécialisant dans l'édition, promouvant au passage nombre de développeurs talentueux, avec beaucoup d'idées mais sans le moindre sou. Ainsi, une pépinière de petites sociétés de développement se greffera à Psygnosis, laquelle pépinière proposera un nombre conséquent de productions :
- FTL(Dungeon Master)
- DMA design (Lemmings)
- Reflection Interactive (Ballistix, Shadow of the Beast, Destruction Derby...)
- Bizarre Creations (Wiz n'Liz, Formula One...)
- Traveller's Tales (Leander, Puggsy...)
- WJS design (Baal et différents portages consoles comme Shadow of the Beast II sur Megadrive)
- Art and Magic (Agony)
etc...

Shadow of The Beast (1989) Un bouillonnement créatif est provoqué par une grande liberté laissée aux développeurs. Le meilleur exemple de cette liberté est l’œuvre phare de Psygnosis, j'ai nommé Shadow of the Beast. A la base, il s'agit d'une démo graphique faisant office de CV signée par deux jeunes de 20 ans, Martin Edmondson et Paul Howarth. Enthousiasmés, les cadres de la société leur demandent de finaliser cette carte de visite en un jeu abouti, leur laissant quasiment carte blanche sur le résultat.

A sa sortie sur Amiga en 1989, le jeu subjugue le petit monde des jeux vidéos par ses graphismes à la fois étranges et somptueux. On a pas moins de 128 couleurs à l'écran contre 32 sur la plupart des jeux Amiga, 50 images par seconde et jusqu'à 13 plans différents du décor qui scrollent à l'écran. Ce dernier effet donne un incroyable sentiment de relief.
La série comptera 3 jeux mais perdra malheureusement au fil des épisodes en qualité graphique. Pour ce qui est des portages consoles, ce premier opus, et coup de maître, était tellement en avance sur son temps qu'on aura toutes les peines du monde à le convertir correctement sur les consoles 16-bit.

Lemmings (1991) Mais qui aurait pu s'imaginer, à part Psygnosis, que les Lemmings, un jeu avec des rongeurs suicidaires, deviennent un succès digne de figurer au panthéon du jeu vidéo? Signés par DMA design en 1991, ce jeu de réflexion au minuscules sprites, mais reconnaissables d'entre tous avec leur tunique bleue et leur coiffe verte, devient le mètre étalon du genre. Il propose au joueur de gérer sa troupe d'inconscients avec une myriade de possibilités bien marrantes (ouvrir son parapluie pour freiner une chute par exemple). Ainsi, c'est l'invasion, improbable invasion des petites bêtes qui se vendent par millions (15 millions d'exemplaires pour être exact) et investissent toutes les consoles de salon (Megadrive, SuperNes. Master System, Nes, Game Boy, Lynx etc...).

Bien sûr, sans avoir autant de succès, bien d'autres jeux de cette époque marqueront les esprits... Plus particulièrement sur l'aspect graphique.


> Mais que trouve t-on donc dans le Chaudron de la Chouette ?

Psygnosis donne en effet à ses jeux un cachet unique. Shadow of the Beast, Ballistix, Baal, Agony, the Misadventures of Flink, Puggsy, Wiz'n Liz ou Adventures of Lomax : autant de jeux taillés dans la fantasy ou la SF à l'anglaise. Ce style graphique, véritable signature visuelle, et ces ambiances sont directement empruntés à des artistes anglais d'envergure... Lesquels d'ailleurs ont mis la main à la pâte.

Agony (1990) Misadventures of Flink (1994) Adventures of Lomax (1996), de la plate-forme à l'ancienne sur Playstation

L'art de Roger Dean En premier lieu, Roger Dean qui dessina les pochettes de disque de groupes de rock progressif comme Yes ou Asia dans les années 70 et 80. C'est lui qui signe le logo de la société Psygnosis, des lettres métallisées enchâssées et s'illustrera (c'est le cas de le dire) sur les covers de Shadow Of the Beast dans un style unique de psychédélisme et de SF ou d'héroïc fantasy luxuriant pour celle de Barbarian (évoquée plus haut). La chouette qui orne le sigle si particulier de la société se voit par ailleurs être l'héroïne du jeu Agony, surprenant shoot them up à l'ambiance onirique et développé par les franco-belges d'Art and Magic sur Amiga en 1990. Le jeu synthétise à lui tout seul l'esprit des productions Psygnosiennes, l'étrangeté des univers y étant très inspiré de ceux de Roger Dean.

Comme participants à l'aventure, on trouve également des pointures comme Rodney Matthews (logo Traveler's Tales, design du jeu Shadow Master sur Playstation) ou Melvyn Grant (covers de Baal, de Ballistix...) qui a notamment offert dans ses jeunes années au groupe Iron Maiden sa mascotte : le Zombie Eddie.

Musicalement parlant, on a également des compositions marquantes, inquiétantes et stratosphériques de David Witthaker. L'une d'elles, Shadow of the Beast sortira directement en CD, une première pour une musique de jeux vidéo...

Mais quand on pense "musique" et Psygnosis, on pense surtout à Tim Wright alias ColdStorage et aux groupes les plus en vus de l'époque (les Chemical Brothers et Orbital entre autres) qui hantent au son d'une techno ambiant toute british n'importe qui a pu jouer à un certain WipEout...

Hum, hum, voilà une transition parfaite pour parler de WipEout et du passage dans la 3ème dimension.


> Un Pacte avec le Diable !

En vue de lancer sa future console, Sony rachète Psygnosis en 1993. Cette dernière continue malgré tout à garder une certaine indépendance.

Entre autres choses, Psygnosis travaille sur des projets pour la future Playstation et continue à produire des jeux sur Megadrive et sur Super Nintendo :
- Puggsy, une association Traveller's Tales-Psygnosis
- Dracula, une association Sony-Traveller's Tales-Psygnosis
- mais pas Mickey Mania qui est une association Sony-Traveller's Tales... sans Psygnosis... Va comprendre, Charles !

La société tâte la 3D avec quelques jeux en 1993 comme Microcosm (Amiga CD 32) ou Novastorm (3DO) qui sont par ailleurs parmi les premiers à sortir sur support Cd. Fort de cette expérience et avec le soutien logistique de Sony, Psygnosis prend le virage de la 2D à la 3D à la perfection, là où nombre de compagnies se sont cassés les dents. Des jeux estampillés Psygnosis, impressionnants en terme de réalisation, font le line-up de la console de Sony lors de sa sortie en Europe en 1995 et terrassent la presse spécialisée, les joueurs et même la concurrence (dépassée pour le coup) :

WipEout (1995) une production interne aux studios Destruction Derby (1995)

Avec WipEout (signé par Nick Burcombe), on change véritablement de génération de console avec ce jeu. Ces courses futuristes, ces vaisseaux flottants et une animation dévastatrice de fluidité et de rapidité dans une 3D mappée jamais vue pour l'époque. Sinon, que dire de ces cinématiques à couper le souffle et de cette musique faite de beats electros calés magistralement avec le tracé des courses et les battements de cœur du joueur?... D'après Burcombe dans une interview dans Edge, c'est en écoutant de la techno en jouant à Mario Kart qu'il a eu idée de créer WipEout. Car c'est le rythme de la musique qui cadençait ses accélérations et sa façon de conduire et il a tout simplement voulu reproduire cette sensation dans ce jeu.

Destruction Derby (Reflections) dépasse le cadre même d'un simple jeu de course en proposant un carnage dément et bourrin de tôles et d'acier, le tout en 3D mappée.

Psygnosis, c'est aussi des séries phares comme celle des Formula One (Bizarre Creations) qui dès 1996 simule la F1 jusque dans le relief de l'asphalte.

WipEout 2097 marquera également les esprits en étant une itération poussée à la perfection du premier épisode.

Psygnosis est en grande partie responsable du succès de la 32-bit de Sony. Et même si certains de ces jeux sont sortis plus tard sur Saturn ou Nintendo 64 comme WipeOut ou Destruction Derby, Psygnosis restera à jamais associé à la Playstation et à son succès.

Malgré tout, malgré les succès, la société connaît des difficultés financières dès 1997... En cause, ce bouillonnement créatif qui faisait la force de la société à ses débuts. Trop de jeux produits d'un coup. Qui, en effet, se souvient des grosses productions que sont Krazy Ivan, Assault Rigs ou l'adaptation vidéoludique des Enfants de la Cité Perdue ? La 3D impose un développement plus long et plus onéreux et des risques financiers plus grands. Pas assez de retour sur l'investissement, du coup, Sony resserre les boulons et met de l'ordre en 1999.

Psygnosis devient une simple filiale de la firme nippone avant de changer de nom définitivement en 2000 en devenant SCE Liverpool... Soit un studio de développement Sony. Avec cette fusion totale, Psygnosis disparaît et avec elle, toute la liberté artistique qui animait le studio durant deux décennies.

WipEout 2097 (1997) Rollcage Stage 2 (2000), un WipEout sauce buggy

La chouette décédera d'ailleurs à ce moment là, disparaissant à jamais des boîtes de jeu et laissant comme un vide dans le cœur de nombreux Retro-gamers. Les dernières cendres de la société Psygnosis ont même été balayés puisque SCE liverpool, qui vivait sur de sempiternelles suites à WipEout et Formula One, a définitivement fermé ses portes en août 2012.

Reste que les petites sociétés sous le giron de Psygnosis sont, elles, devenues grandes. DMA design en est le parfait exemple. Rebaptisé Rockstar North dans les années 2000, cette société a le succès et la réputation qu'on lui connaît avec une petite série nommée GTA.

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