LES FILMS ET LES JEUX VIDEO : LA SAGA STAR WARS Article rédigé par Blondex

Un jeu Star Wars sans l'intro Star Wars n'est pas un vrai jeu Star Wars Si les adaptations de films en jeux vidéo suscitent souvent la méfiance des joueurs, c’est pour un nombre incalculable de raisons valables – du genre de celles qui peuvent marquer durablement une vie de joueur. Pourtant, une saga a réussi à balayer ce sentiment de méfiance, parce qu’elle a accompagné depuis très longtemps le développement et l’essor du jeu vidéo : je parle bien sûr de La Guerre des Étoiles – ou Star Wars, comme on dit de nos jours. Afin de permettre aux joueurs de revivre les instants mémorables de ses films, puis de vivre de nouvelles aventures dans cette galaxie lointaine, très lointaine, le créateur de cette licence a rapidement veillé au grain, et a fondé une branche « jeux vidéo » unique en son genre.


> George Lucas, un visionnaire

Un peu de cours de Star Wars si vous le voulez bien, pour commencer. Pardon ? Une suggestion Raoul ? Tu dis que rien que de voir mon titre tout acquis à la cause de George Lucas, ça te donne la nausée ? T’as gagné, tu sors ! Non mais. Toujours est-il que, même si pour les grincheux cela doit être difficile à admettre, George Lucas a bien senti son coup en conservant les droits pour les produits dérivés de son film « La Guerre des Etoiles ». Le succès du film aidant, les figurines, jouets ou autres têtes de Dark Vador… (Raoul claque la porte) Et t’auras 4 heures de colle, p’tit con ! (et tes parents auront de mes nouvelles aussi).

Oui, donc avec entre autres les têtes de Dark Vador, George Lucas a empoché pour lui seul beaucoup de royalties. Cet argent servira à bâtir son empire, à financer ses films (L’Empire Contre-Attaque sera entièrement financé grâce aux royalties), à se construire un superbe ranch aussi, et de surveiller l'exploitation de sa licence. Pas question de faire n’importe quoi avec Star Wars, notamment les jeux vidéo. Les jeux vidéo vont donc naturellement tomber dans son escarcelle, mais il aura fallu d’abord un peu de temps, le temps en fait de croire en un nouveau support.

Avec l’Atari 2600, les premiers jeux estampillés Star Wars voient le jour. En 1982 sort ainsi The Empire Strikes Back, un jeu de shoot 2D sans prétention où on prend les commandes d’un snowspeeder pour détruire des quadripodes impériaux. Mais le premier jeu Star Wars à faire date se nomme tout simplement Star Wars. Sorti en arcade en 1983, ce jeu de shoot en graphismes vectoriels vous proposait de revivre l’attaque de l’Etoile Noire, et aujourd’hui encore il ne manque pas de charmes malgré son grand âge. Sa suite, Empire Strikes Back (sans rapport avec le précédent), utilise le même type de graphismes. Les jeux, réussis, seront portés sur différents supports.

The Empire Strikes Back sur Atari 2600, un shoot them up très sommaire où on reconnaît tout de même un quadripode impérial et un snowspeeder Avec ses graphismes vectoriels révolutionnaires pour l'époque, le Star Wars d'Atari est l'ancêtre ainsi que le modèle de tous les shoot-them-up estampillés Star Wars

Cependant, Lucas n'apprécie pas ce manque de contrôle sur les productions exploitant sa licence. Les Star Wars en graphismes vectoriels sont des réussites, certes, mais ne lui font pas oublier de trop nombreuses sous-productions honteuses commises sur Atari 2600. Bien avant d'autres, il mesure également rapidement que les fans de Star Wars et de jeux vidéo constituent très souvent le même public ; un public certes exigeant, mais qui une fois conquis est prêt à dépenser beaucoup d’argent. Aussi se lance-t-il dans l’aventure, en fondant Lucasfilm Games dès 1982. Il devient ainsi le seul producteur de films à confier l’exploitation de sa licence à une propre branche de son empire. Et la suite lui donnera raison.


> Des débuts de Lucasfilm Games à Lucasarts

Lucasfilm Games ne se lance véritablement dans le jeu vidéo qu'en 1984, et est d'abord connu pour développer de sympathiques productions, notamment pour PC, Amiga ou encore Atari ST. La boîte pond ainsi des merveilles d’humour, comme Maniac Mansion, The Secret of Monkey Island ou encore Monkey Island 2, des jeux considérés comme des classiques du point'n click.

Sorti tardivement sur NES puis adapté sur Game Boy, Game Gear et Master System, ce Star Wars mêle action, exploration et séquences de tir, en suivant assez fidèlement la trame de l'Episode IV Ce n'est qu'en 1991 sur NES que le développeur se lance dans ce qui constitue alors sa toute première production Star Wars, 9 ans après sa fondation. Exception faite d'un Star Wars exclusif au Japon (réalisé par Namco et sorti sur Famicom en 1987) qui ressemble davantage à un cross-over improbable avec Bioman, le Star Wars de 1991 est en effet le premier jeu exploitant la licence à retracer l’ensemble du film dont il est adapté, et non une seule séquence en particulier. Pourquoi un tel temps d'attente ? Sans doute parce qu'une fois la trilogie originale Star Wars terminée, l'univers de George Lucas avait cessé de tourner dans la seconde moitié des années 80, sans projets majeurs.

Peu avant la sortie de son premier jeu Star Wars, Lucasfilm Games est par ailleurs renommé LucasArts. Pourtant, cette nouvelle dénomination ne marque pas une distanciation avec Star Wars, et si l'éditeur-développeur va tout de même proposer de nouveaux jeux reconnus des joueurs, comme le savoureux Day of the Tentacle en 1993, il va progressivement se concentrer sur sa licence majeure et faire de la production en chaîne de jeux Star Wars, que ce soit sur PC ou sur consoles. Star Wars sur NES constituait donc parmi les points de départ du renouveau de la saga au sein de l'empire Lucas.

Sur PC, les jeux de shoot commencent à fleurir dans la première moitié des années 90, avec les séries X-Wing et Tie Fighter (des succès colossaux). Et sur consoles, Lucasarts reprend sa trilogie depuis le début, avec les Super Star Wars sur Super Nintendo sortis annuellement de 1992 à 1994. Le résultat d’ensemble fut salué, et démontrait que jeux de qualité et adaptations de films en jeux vidéo n’étaient pas incompatibles. Il n’y avait donc aucune raison que Lucasarts s’arrête en si bon chemin, mais les jeux Star Wars n’étaient pas encore très nombreux jusque 1995. Nous étions loin de l’overdose.

La trilogie Super Star Wars sur SNES a pris de nombreuses libertés avec les films, comme ici dans Return of the Jedi, où Leia déguisée en chasseur de primes affronte Bib Fortuna, le conseiller de Jabba X-Wing Vs Tie-Fighter est le 3ème volet d'une des sous-séries Star Wars les plus remarquées

Ce serait toutefois trop oublier les lois du marché. Les jeux Star Wars connaissent de jolis succès, signe d'une demande forte de la part des joueurs.

Sorti en 1995, Dark Forces est le premier volet des aventures du mercenaire Kyle Katarn, et sera suivi de Jedi Knight Il faut donc répondre à cette demande. Aussi, LucasArts profite du l'expansion de l'Univers étendu (une production de livres et de comics créant de nouvelles histoires en lien avec la Trilogie) pour entrer dans cette dynamique créatrice initiée notamment par la trilogie de Timothy Zahn (La Croisade Noire du Jedi Fou), et proposer des nouveaux jeux se déroulant en dehors des événements issus des films. De plus, l’apparition de la 3D laisse entrevoir de nombreuses possibilités que LucasArts va exploiter. Surfant sur la vague des Doom ou autres Duke Nukem, le développeur sort ainsi Dark Forces, bâti sur un scénario original. Le jeu va d’abord sortir sur PC, avant d’être édité sur Playstation.

Les fans avaient réclamé une sorte de Soul Blade avec sabre laser ; ils se sont retrouvés avec Masters of Teräs Käsi... Les possibilités sont nombreuses, mais si la licence suit les modes du moment, comme le rail shooter (Star Wars Arcade développé par Sega et porté sur 32X) ou le jeu de tir (Rebel Assault), le PC reste avant tout le support privilégié des jeux Star Wars durant un long moment. De toute cette production, un jeu a cependant particulièrement marqué les joueurs sur PC : il s’agit de Jedi Knight, la suite de Dark Forces. Basé lui aussi sur un scénario original, Jedi Knight bénéficie d'une production de plus grande ampleur et redonne un coup de fouet aux productions de LucasArts. Ce regain d'ambition n'est toutefois pas un hasard, car porté par une dynamique allant crescendo, George Lucas se décide à ressortir en 1997 les éditions spéciales de sa trilogie au cinéma.
Dans le sillage de Jedi Knight suit Shadows of the Empire sorti sur Nintendo 64 et PC, un jeu qui s'inscrit dans un projet plus global incluant également un roman et une bande-dessinée, et dont l'histoire se situe entre L'Empire Contre-Attaque et Le Retour du Jedi.
Si on excepte le très mauvais Masters of Teräs Käsi sur PS1, intrusion ratée de la saga dans la baston 3D, la production Star Wars est globalement d’honnête facture, ce qui est un exploit dans le domaine des adaptations de films en jeux vidéo.

Inspiré des phases de shoot 3D de Shadows of the Empire, Rogue Squadron diversifie ses missions en s'appuyant sur l'Univers étendu pour aller au-delà de la traditionnelle planète Tatooïne 1998 constitue une année charnière pour les jeux Star Wars. On le sait alors tous, une nouvelle trilogie pointe à l’horizon, et les jeux se préparent. C’est donc durant cette année creuse que l’on voit apparaître Rogue Squadron sur N64 et PC, qui va dynamiter le jeu de shoot 3D. Entièrement en 3D libre, Rogue Squadron propose, outre un scénario s’intercalant cette fois entre Un Nouvel Espoir et L'Empire Contre-Attaque, une sensation saisissante d’immersion dans l’univers Star Wars.
Le jeu illustre également à quel point LucasArts devient une véritable organisation nébuleuse, pouvant confier ses projets à des studios externes. Rogue Squadron est ainsi développé par Factor 5, connu pour la série Turrican, mais un autre bon exemple est la sortie en arcade de Star Wars Trilogy Arcade, un rail shooter développé par Sega faisant revivre certaines des phases d'action cultes de la trilogie. Tournant sous la carte Sega Model 3, Star Wars Trilogy Arcade est alors en 1998 la production Star Wars la plus impressionnante d'un point de vue technique.


> La Prélogie, ou l’explosion de la production Star Wars

La montée en puissance de la saga Star Wars, aussi bien au cinéma (avec les éditions spéciales si controversées) qu'en jeux vidéo, doit aboutir au projet ultime de l'empire Lucas : la sortie en 1999 de La Menace Fantôme, point de départ d'une nouvelle trilogie centrée sur la jeunesse d'Anakin Skywalker, le futur Dark Vador. Ce nouveau film est ainsi accompagné (précédé même) par un nombre incroyable de productions vidéoludiques estampillées « Episode I ».

De mauvaise qualité et usant d'artifices grossiers pour étirer la durée, le jeu officiel de l'Episode I est le genre de productions qui ont pu ternir l'image de la licence en jeux vidéo Si cette avalanche peut témoigner d’une vitalité extraordinaire de la production Star Wars à cette période, elle met aussi en lumière les dérives mercantilistes à la sauce George Lucas. Dans cet ensemble de jeux sous licence Episode I, on trouvera bien évidemment du bon (Star Wars Racer, Battle for Naboo...), mais aussi du médiocre (Jedi Power Battles), voire du carrément mauvais (le jeu officiel du film notamment, ou encore Bombad Racing, un clone raté de Mario Kart...). Une telle concentration de jeux à la qualité discutable en si peu de temps n'est pas sans rappeler les mauvaises heures de l'Atari 2600. Fini donc, le temps des productions Star Wars ayant un minimum de qualité : derrière la licence peuvent se cacher d’immondes attrape-nigauds.

Malgré son manque de finition, Episode I Racer n'en propose pas moins une vingtaine de circuits sur des planètes variées, dont la course du film sur Tatooïne, bien évidemment Les jeux ont cependant parfaitement bien accompagné le film, et ont très bien marché pour la plupart. Pourquoi faire des efforts quand on peut obtenir le même résultat en bâclant son travail ? Sur certains jeux de la gamme « Episode I », ce constat de bâclé est évident. La Menace Fantôme (le jeu) sur PS1 était terriblement répétitif, les mêmes décors se succédant sans fin. Quant à Episode I Racer sur N64 et PC, si les mauvaises langues diront que c’est ce jeu qui aura inspiré le film plutôt que l'inverse, il a pâti d'un temps de développement trop restreint pour des raisons évidentes de planning. S'il n'en reste pas moins la production estampillée Episode I la plus ambitieuse, de nombreux bugs, soucis d'équilibrage et manques de finition lui ont coûté un statut de jeu incontournable. Sa ressortie peu retravaillée sur Dreamcast suscita même la déception des joueurs qui auraient préféré - à juste titre - une adaptation de Star Wars Racer Arcade, beaucoup plus dynamique et prenant, sorti en 2000 et développé par Sega.

Avec la nouvelle génération de consoles (PS2, Xbox et GameCube) ainsi que le PC, les jeux Star Wars vont alors se multiplier, allant jusqu’à avancer dans des territoires inconnus, comme avec Galactic Battlegrounds, un jeu de stratégie en temps réel du genre de Warcraft. Recenser les jeux Star Wars dans le sillage du film La Menace Fantôme donne simplement le vertige, et il reste 2 épisodes derrière pour la clôture de la trilogie prévue en 2005 !

Les consoles de la 6ème génération disposent alors toutes dans leurs line up respectifs de jeux Star Wars, et les nouvelles possibilités offertes vont pouvoir redorer le blason de la licence, avec des productions dans l'ensemble plus ambitieuses et mieux écrites : LucasArts semble alors avoir appris de ses erreurs avec la surabondance des productions estampillées "Episode I". Sur PS2, le ton est donné avec Starfighter, un jeu de shoot efficace, puis le moins marquant Obi-Wan sur Xbox.
C'est toutefois l’excellent Rogue Leader, la suite de Rogue Squadron, qui marque le lancement de la Game Cube. Restituant l’ambiance du film comme si on y était, l'Attaque de l’Etoile de la Mort n’a alors jamais été aussi impressionnante que dans ce jeu, mais plus encore : Rogue Leader propose également au joueur de revivre la bataille de Hoth à bord d'un snowspeeder, puis l'embarque en Faucon Millenium pour l'assaut final contre la seconde Etoile de la Mort. Comble du rêve pour les fans : deux missions bonus présentent même un scénario alternatif où on y incarne Dark Vador en personne, mettant fin à l'Alliance Rebelle !
Autre jeu remarqué : Jedi Outcast, la suite de Jedi Knight, qui poursuit les aventures de Kyle Katarn dans une voie semée d'embûches à la frontière du Côté osbscur de la Force.

Les succès de Warcraft et Command & Conquer ont naturellement donné des idées à LucasArts, qui a produit Galactic Battlegrounds Rogue Leader ne doit pas seulement son excellence qu'à la reprise de batailles du film : le jeu propose aussi des missions spectaculaires, comme l'attaque d'un destroyer impérial Dans la lignée de Jedi Knight, Jedi Outcast établit la notion de "Jedi gris" avec son héros capable d'user de pouvoirs propres au Côté obscur de la Force

Alors qu'on s'attendait à une nouvelle déferlante de productions "Episode II", L’Attaque des Clones ne sera finalement pas accompagné d'adaptations propres (exception faite d'un mauvais jeu sur Game Boy Advance).
Ainsi, entre Star Wars Racer Revenge (PS2) et Rogue Leader, on retrouve soit le cadre de l’Episode I à travers les courses de pods, soit celui de la première trilogie. Seul le jeu de shoot Jedi Starfighter est rattaché à l'Episode II et sort par ailleurs peu avant. Tirant sans doute les leçons de la campagne marketing envahissante ainsi que d'une production vidéoludique à la qualité globale très variable, l'empire Lucas a en effet souhaité axer sa communication sur le film, et lui seul.

Jeu d'action entrecoupé de plateformes et de captures, Bounty Hunter s'appuie également sur un scénario intéressant bâti autour du personnage de Jango Fett Les jeux exploitant la licence « Episode II » arriveront donc un peu plus tard. Outre l’inévitable mise à jour de Galactic Battlegrounds sur PC pour intégrer l'armée des clones de la République, la fin de l'année 2002 voit débarquer quelques jeux originaux et sympathiques qui ont bénéficié d'un meilleur temps de développement. Le premier est Clone Wars, un mélange d'action et de shoot-them-up efficace qui développe de nouvelles histoires immédiatement après la fin de L'Attaque des Clones. Quant au deuxième, Bounty Hunter, il met en scène le chasseur de primes mandalorien Jango Fett dans une histoire qui s'attèle à éclaircir les circonstances de sa rencontre avec le Comte Dooku, 10 ans avant les événements de L'Attaque des Clones.
Sans affirmer qu'il s'agit là de grands jeux, ils disposent néanmoins d'un bon capital sympathie et contribuent à redonner une image globalement positive des jeux Star Wars. D’autant plus que Factor 5 sort son 3ème volet de sa série Rogue Squadron, Rebel Strike, qui, bien que moins réussi que son prédécesseur, sort nettement du lot, et se permet de nombreux clins d’œil à l’Episode II.

Knights of the Old Republic est l'un des jeux les plus acclamés de la saga Star Wars en jeux vidéo, salué autant pour son aventure que pour son histoire marquante La surprise viendra en 2003 du côté de la Xbox et du PC, où Lucasarts se risque sur un territoire jusqu'alors inconnu pour Star Wars : le RPG. En situant le cadre de son histoire près de 4000 ans avant le commencement de la saga, Star Wars – Knights of the Old Republic (KOTOR pour les intimes) suscita immédiatement la curiosité des fans, puisque le lointain passé de l'Ancienne République ainsi que les conflits entre Jedi et Sith n'avaient été que très rarement abordés dans l'Univers étendu. Le studio Bioware, réputé pour sa série Baldur's Gate, se voit confier le développement de KOTOR, et en accord avec LucasArts, choisit le cadre de l'Ancienne République pour avoir ainsi carte blanche dans l'écriture d'une nouvelle histoire. De cette collaboration de confiance entre LucasArts et Bioware aboutit ainsi un jeu salué par la critique, et même acclamé par les fans pour qui KOTOR est le point de départ de nouveaux pans d'histoires de l'Univers étendu. Ce succès légitime appela bien évidemment une suite, forcément plus opportune.

Renversant ainsi les critiques émises lors de l'Episode I sur la qualité de ses productions, LucasArts est ainsi parvenu à proposer dans une période restreinte 2 jeux considérés comme des classiques (voire des incontournables) de leur génération de consoles, avec Knights of the Old Republic et Rogue Leader. Le choix de désaxer grandement la production vidéoludique de l'Episode II fut donc payant, mais cette stratégie n'allait pas durer.

Revenant avec un humour enfantin sur les 3 films de la Prélogie, Lego Star Wars se veut avant tout être un jeu accessible Car avec La Revanche des Sith, retour à du marketing pur et dur. L'Episode III est le film événement que les fans attendent tous (y compris les déçus des épisodes I et II) depuis l'annonce de la "prequel trilogy", et les jeux officiels de La Revanche des Sith sont prêts à inonder le marché sur (presque) tous les formats (à l’exception de la GameCube), non sans un a priori négatif. Finalement, si les jeux officiels n'auront pas été marquants, le pire a toutefois été évité, et la bonne surprise est même venue de Traveller's Tales, un studio peu réputé qui se fait un nom grâce à Lego Star Wars. L'association des briques Lego avec la licence Star Wars datait déjà de 1999, mais le jeu vidéo Lego Star Wars devient, par son humour, sa qualité de réalisation et son gameplay accessible à tous, le meilleur jeu officiel strictement basé sur les films de la Prélogie. Ce succès ne restera par ailleurs pas sans suite, et la fusion des briques Lego avec d'autres univers ne fera même que commencer.

Affichant toutes les informations de jeu dans la visière du casque, Republic Commando offre ainsi au joueur une immersion dans le dur métier de Clone Trooper ! Dans le sillage de l'Episode III sortent également Republic Commando, un FPS de facture classique sorti sur Xbox et PC peu avant le film, et permettant d'incarner un Clone trooper de la République durant la Guerre des Clones ; ainsi que deux volets de Battlefront (sortis fin 2004 et fin 2005), une série de TPS reposant grandement sur les combats multijoueurs en ligne plutôt que des modes solo.
Ces jeux ont été des succès immédiats, tout particulièrement Battlefront dont le potentiel annonce une prometteuse sous-licence Star Wars.


> Un univers inépuisable ?

La sortie de l'Episode III clôturait la saga cinématographique en reliant Prélogie et Trilogie originale, mais il ne faisait guère de doutes que l'univers créé par George Lucas continuerait à vivre à travers de multiples productions, à commencer par les jeux vidéo.

Empire at War, situant son scénario peu avant La Guerre des Etoiles, est un jeu de stratégie offrant un mélange de batailles spatiales et de conflits en surfaces Pourtant, les années 2006 et 2007 se sont révélées être étonnamment creuses en productions Star Wars, comme si l'empire Lucas semblait avoir eu besoin de reprendre son souffle après la sortie de La Revanche des Sith et la fin de la Prélogie. Ce sont en effet des productions en lien avec la Trilogie originale qui occupent les devants, comme le jeu de stratégie Empire at War, ainsi que Lego Star Wars II, parodiant les épisodes IV à VI. Lucas lui-même semblait ne pas vraiment savoir dans quelle direction s'orienter pour donner une nouvelle impulsion à sa galaxie lointaine. A cette époque débutèrent des réflexions sur une série se basant entre La Revanche des Sith et Un Nouvel Espoir, mais c'est finalement la production d'une série animée en images de synthèse qui sera lancée : The Clone Wars, basée sur la fameuse guerre des clones débutée à la fin de l'Episode II. Les premiers épisodes seront même regroupés pour sortir en salles.
Fort logiquement, des jeux vidéos, peu marquants dans l'ensemble, accompagneront la série : Duels au Sabre Laser sur Wii, L'Alliance Jedi sur DS, Les Héros de la République sur tous les supports, ainsi que Lego Star Wars III – The Clone Wars, reprenant la trame de l'animé. Ainsi fonctionne la galaxie Star Wars !

Malgré la fin de la Prélogie, Le Pouvoir de la Force est le premier projet d'ampleur à témoigner de l'envie de l'empire Lucas de poursuivre l'exploitation de sa licence Au sein de LucasArts, cette période de pause a en fait été mise à profit pour la sortie en 2008 de Star Wars - Le Pouvoir de la Force (The Force Unleashed). Libérées des contraintes liées aux sorties des films, les équipes de Lucasarts se sont en effet lancées dans un projet ambitieux pour faire du Pouvoir de la Force une nouvelle sous-franchise au sein de Star Wars. A l'image de ce qui avait été fait pour les Ombres de l'Empire, le projet regroupe ainsi autour du jeu vidéo tout un ensemble de productions : livres, bandes-dessinées, jouets...
Situant l’histoire entre l’Episode III et l’Episode IV, le jeu présente Starkiller, l’Apprenti secret de Dark Vador, traquant les derniers jedis ayant survécu à l’extermination de leur ordre.

Sorti sur toutes les plateformes, Le Pouvoir de la Force - dont le scénario a été reconnu par George Lucas comme s’intégrant dans la trame officielle de la saga - a relancé l’engouement autour des productions de la licence. Malgré des critiques plutôt mitigées, les excellentes ventes de ce titre sur tous les supports confirment le potentiel attractif de premier ordre de la licence, amplifié au cas particulier par un jeu totalement inédit sortant après une période d’accalmie.
Le Pouvoir de la Force était par ailleurs précédé par les apparitions pour le moins controversées de son héros l'Apprenti, ainsi que (et surtout) Dark Vador et Yoda dans SoulCalibur IV. La campagne marketing était d'ailleurs centrée sur ces deux derniers, Yoda étant vedette de la version 360, tandis que Vador représentait la version PS3.

Du centre de la République aux contrées les plus reculées ou hostiles, l'univers de The Old Republic est particulièrement vaste et ne cesse de s'élargir Le succès du Pouvoir de la Force a incité Lucasarts à recentrer ses activités sur sa licence la plus porteuse. Concrètement, cela s'est d'abord matérialisé par Le Pouvoir de la Force II, une suite particulièrement opportune et peu inspirée. Cependant, en 2011, le projet le plus important, tant en termes de moyens techniques que d'ambition, est Star Wars – The Old Republic, un MMORPG dont la réalisation a été de nouveau confiée à Bioware qui, depuis Knights of the Republic, s'est illustré encore davantage en lançant la série Mass Effect. Longtemps attendu, TOR a toutefois connu un développement à rallonge, et si son succès ne se dément pas, il a semblé loin des attentes initiales de Lucasarts, obligé de passer le jeu en free-to-play comme l'a fait Blizzard avec World of Warcraft. The Old Republic continue cependant de bien fonctionner, et des nouvelles extensions sortent régulièrement depuis sa sortie.

Aucun territoire n'échappe à l'empire Lucas, pas même les jeux casuals comme Kinect Star Wars, mélangeant différents styles de mini-jeux aux gameplay différents, comme... la danse ?! Juste ciel ! Toute la force de la franchise se trouve là : les codes de la série (planètes, concept de la Force, modes de vie, sabres laser, vaisseaux spatiaux, personnages, et j'en passe) sont fortement ancrés dans la culture populaire mondiale, et de fait, facilement accessibles à un large public. Kinect Star Wars, orienté vers les casuals gamers, en est la parfaite illustration.
Un tel succès, à même d'intéresser un géant du divertissement...


> Dark Mickey aux commandes : la fin de LucasArts

L'annonce fin 2012 de l'achat de tout l'empire Lucas par Disney (comprenant également les satellites gravitant autour, comme Lucasarts) a secoué le web comme rarement, provoquant un déferlement de toute une flopée de parodies – la plus classique étant le Dark Vador aux oreilles de Mickey ! Dans la foulée de cette acquisition à plusieurs milliards de dollar, Disney a immédiatement mis en chantier une nouvelle trilogie, dont le premier épisode sort en 2015. Il est vrai que depuis la fin de la Prélogie, différents projets Star Wars n'ont pas abouti, notamment une série télévisée censée se dérouler entre les épisodes III et IV ; George Lucas lui-même estimait d'ailleurs avoir fait le tour de l'histoire qu'il souhaitait raconter, et désirait empocher... euh, passer le flambeau pour prendre une retraite bien méritée.

Annoncé à l'E3 2012, Star Wars 1313 aurait dû conter les aventures du jeune Boba Fett dans les bas-fonds de Coruscant Tout le monde se pose alors bien sûr la question : quelle orientation va prendre la franchise avec Disney aux commandes ? Les premiers éléments de réponse ne se sont pas fait attendre, avec la fermeture de Lucasarts, suivie d'une vague de protestation de la communauté des fans et des passionnés de jeux vidéo, pour qui Lucasarts représentait bien plus qu'un simple exploiteur de licences, mais un éditeur / développeur reconnu. Il est vrai qu'en lui-même, le studio de développement au passé glorieux ne produisait en interne plus de jeux d'envergure, et les réalisations Star Wars les plus mémorables des années 2000 ont été confiées à des studios externes (Bioware pour KOTOR ; Factor 5 pour les Rogue Squadron ; Raven pour Jedi Outcast ; Traveller's Tales pour les Lego Star Wars...). Plutôt que de soutenir un développeur en perte de vitesse, Disney a préféré en fermer les portes, et confiera à l'avenir la réalisation de productions Star Wars à Electronic Arts. Les derniers projets internes de Lucasarts, et tout particulièrement le prometteur Star Wars 1313, ont quant à eux été annulés purement et simplement du fait même de cette fermeture.

Si on exclut les déclinaisons du genre Angry Birds ou Yoda Chronicles sortis en 2013, 2014 marque la première année vierge de toutes productions Star Wars.

Avec la prise de contrôle de l'univers Star Wars, Disney a tout simplement fait table rase de l'Univers étendu : toute la chronologie développée à travers les romans, comics et jeux vidéo sera ainsi balayée pour être reclassée comme "Star Wars Legends", et le nouveau détenteur de la licence n'entend conserver qu'un socle évidemment basé sur les deux trilogies, ainsi que la série animée Clone Wars. C'est de cette manière que l'empire de Mickey s'est approprié sa licence chèrement acquise pour bâtir son propre univers et en définir les nouveaux codes.


> Le Réveil de la Force

Le jour de la sortie au cinéma de l'Episode VII, Battlefront a proposé en DLC gratuit une map consacrée à la Bataille de Jakku, dont il ne reste que les débris dans le film L'Episode VII porte bien son titre, car de réveil, il en est clairement question à l'évocation de la saga Star Wars depuis le rachat par Disney. Le seul projet d'envergure resté en développement chez Electronic Arts, Battlefront, arrive à point nommé pour accompagner l'Episode VII. Le jeu constituant un redémarrage d'une sous-licence déjà établie en 2004, est centré sur le multijoueurs, et propose de nombreuses cartes pour faire revivre les séquences les plus marquantes de la Trilogie (les batailles de Hoth et d’Endor, notamment). Bien accueilli, Battlefront marque donc en 2015 le retour sur le devant de la scène de la saga en jeux vidéo : avec le plus gros budget alloué à un jeu Star Wars, et plus de 15 millions de ventes toutes versions confondues, le jeu explose même le précédent record de la Saga complète de Lego Star Wars sorti sur Wii !

Toujours dans cette optique de préparer l'Episode VII, Disney a lancé courant 2014 sa nouvelle série animée, Star Wars Rebels. Se déroulant chronologiquement entre les deux trilogies, la série prend le relais de Clone Wars, et compte au final 4 saisons. Avec un public jeune pour cible principale, c’est vers les supports de prédilection des enfants et des adolescents que s’oriente Disney pour proposer des applis Star Wars Rebels sur tablettes et smartphones.

Après Marvel, Star Wars est incorporé dans l'univers Disney Infinity depuis 3.0, intégrant les deux trilogies, ainsi que les premières productions Disney comme Star Wars Rebels et Le Réveil de la Force Concernant les jeux vidéo à proprement parler, Disney a dans un premier temps misé sur l’intégration de l’univers Star Wars dans le monde de Disney Infinity et ses figurines NFC particulièrement prisées des enfants petits et grands. La mode des « jouets » vidéo lancée avec Skylanders (reprise par Disney, Lego et Nintendo), ne durera cependant pas aussi longtemps qu’espéré, Disney étant même le premier à lâcher l’affaire. Star Wars sera donc l’ultime extension 3.0 de Disney Infinity, lequel ne couvrira finalement qu’un seul épisode de la nouvelle trilogie.

Les propriétaires de la franchise Star Wars peuvent bien changer, on peut toujours compter sur les briques Lego ! Les pertes de Disney Infinity seront largement épongées par le succès de Star Wars Battlefront. Quant à l’accompagnement de la sortie en vidéo de l’Episode VII, les briques de Lego sont arrivées à la rescousse avec Lego Star Wars – Le Réveil de la Force, sorti sur un très grand nombre de supports en 2016.

Le plan diabolique et efficace de Disney va ainsi jusqu’à proposer des sorties cinématographiques annuelles pour la saga Star Wars jusqu’en 2019 et la sortie de l’Episode IX, avec entre chaque volet majeur, des films dérivés (Rogue One pour le premier, un second centré sur le jeune Han Solo). Pas de place pour l’improvisation, tout doit s’insérer non seulement dans un planning marketing serré et rigoureusement établi (c’est la partie financière, la plus importante), mais également dans la nouvelle continuité créée par Disney – ça, c’est pour la partie culturelle, ou la poudre aux yeux pour les fans, si vous préférez.

Au delà de la polémique, Battlefront II est la première production vidéoludique d'envergure de Disney à comporter quelques éléments d'histoire De là à parler de machine parfaitement huilée, c’est s’avancer un peu trop vite ! Les films (Rogue One, le volet Solo, et même l’Episode IX) connaissent ainsi des changements d’équipes en cours de réalisation ; des péripéties qui ne perturbent pas réellement les succès en salles. Rayon jeu vidéo en revanche, la sortie très attendue de Battlefront II, programmé en 2017 pour accompagner l’Episode VIII (Les Derniers Jedi), ne se déroulera pas comme prévu.
Fier de présenter cette fois une aventure avec une histoire destinée à étoffer la nouvelle trame scénaristique entre le Retour du Jedi et l’Episode VII, EA sera confronté à une polémique d’une ampleur inédite sur les micro-transactions en jeu : destinées à débloquer plus rapidement des personnages et des objets avec de l’argent bien réel, le système est poussé jusqu’à l’absurde dans Battlefront II, créant un déséquilibre dans le mode multijoueurs – qui demeure le cœur du jeu – en faveur des joueurs qui achètent ces fameuses « loot boxes » (contenant les objets distribués au hasard). Sauf que les joueurs justement, n’ont pas du tout apprécié et l’ont fait savoir, en dénonçant ce système et en boycottant le jeu. Disney voit finalement sa collaboration avec EA d’un mauvais œil (comme à peu près tout le monde), et l’éditeur américain, contraint de faire machine arrière sur les micro-transactions, a jugé qu'en termes de résultats, Battlefront II n'a pas atteint l'objectif attendu en utilisant pourtant une licence hyper rentable... ou comment changer l’or en plomb !


> La consolidation de l’univers étendu Disney

Avec les sorties de l’Episode IX (L’Ascension de Skywalker) et de The Mandalorian, une série en exclusivité pour la plateforme de streaming Disney+ mise en place en 2019, le supergéant américain du divertissement arrive à un certain aboutissement dans sa stratégie de promotion de l’univers Star Wars ; le jeu vidéo n’échappe pas à cette stratégie. Ceux qui croyaient naïvement que Disney allait freiner et repasser sous la vitesse lumière dans le développement de sa licence Star Wars en sont donc pour leurs frais.

Jedi – Fallen Order revient sur la traque des Jedis par l’Empire, un thème déjà abordé par Lucasarts, mais que Disney se réapproprie. C’est ainsi qu’est annoncé à l’E3 2018 Star Wars Jedi – Fallen Order, pour une sortie fin 2019. Le développement de cette première expérience solo pour un jeu de l’ère Disney a été confié au studio Respawn, responsable de la série Titanfall ainsi que d’Apex Legends, et donc parfaitement rompu aux univers de science-fiction. À la différence toutefois de la stratégie développée du temps de Lucasarts pour Le Pouvoir de la Force, Jedi – Fallen Order n’est pas le centre d’un projet axé sur le jeu vidéo – même si de nombreux projets annexes (romans, comics) l’accompagnent – mais est une composante de l’univers étendu que crée Disney. D’un point de vue scénaristique, Jedi – Fallen Order remplace Le Pouvoir de la Force en situant son action entre les épisodes III et IV, mais prend bien soin d’intégrer les nombreux éléments développés dans d’autres productions Disney, notamment la série Star Wars Rebels. Le socle est donc bien établi pour progressivement proposer une trame cohérente (du point de vue de Disney) basée sur les 6 films de l’ère Lucas, tout en prenant soin de maintenir à l’écart sa nouvelle Trilogie, préservée de toute potentielle révélation sur son intrigue.

En effet, le seul projet d’envergure intégrant ce que les fans appellent désormais la Postlogie (ou plus péjorativement, la Trilogie Disney) n’est nul autre que Lego Star Wars – The Skywalker Saga, qui reviendra en 2020 sur les 9 volets Star Wars.


> L'avenir de la saga

Avec le rachat de l’empire Lucas par Disney et la fermeture de Lucasarts, une page s’est clairement tournée. Passée une période trouble durant laquelle les projets Star Wars menés par Lucasarts ont été annulés, la reprise en main par Disney s’est d’abord concentrée sur sa nouvelle trilogie de films, axant sa stratégie multimédias et commerciale autour d’elle.

Quelques années de recul sur cette prise de contrôle démontrent déjà que l’implication de Disney dans la production de jeux vidéo estampillés Star Wars est bien moindre que celle de Lucasarts. À l’exception de la grosse machine financière qu’est Battlefront, les projets destinés à étendre la nouvelle trame Disney ont mis du temps pour se mettre en place, et renforce l’impression que Dark Mickey a d’abord souhaité rentabiliser au plus vite sa licence, sans prendre le moindre risque (volet financier) ou créer des incohérences (volet culturel… Ah mais non, ne vous en prenez pas à moi !).

Beaucoup de questions donc, mais des réponses dans un avenir proche... très proche !

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Dernière mise à jour le 08/05/2020
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