LES SERIES : ALONE IN THE DARK Article rédigé par Romain

Alone in the Dark : la série qui aura lancé le genre du survival-horror. Quatre ans avant la sortie du tout premier Resident Evil, on pouvait trouver un jeu qui avait déjà tout inventé du genre. Ce jeu n'est autre que Alone in the Dark, une production bien de chez nous puisque celle-ci a été développée par Frédérick Raynal, qui a reçu en 2006 l'insigne de Chevalier des Arts et des Lettres. Une récompense bien méritée puisque grâce à son oeuvre il avait créé un genre à lui seul : le Survival-Horror !


> La trilogie originale

Le tout premier Alone in the Dark, un véritable chef-d'oeuvre. Tout commence en 1991 : Frédérick Raynal et son camarade Didier Chanfray vont lancer un projet nommé « In The Dark ». A eux deux, ils vont mettre au point un prototype de jeu réalisé en 3D, dans lequel on peut y apercevoir un personnage pouvant se déplacer dans une sorte de grenier. Ils en feront la présentation à la société Infogrames qui sera rapidement séduite par l'idée et qui donnera donc son feu vert pour lancer officiellement le développement d'Alone in the Dark. Une dizaine de personnes, menée par Frédérick Raynal, travailleront alors d'arrache-pied sur le projet. L'équipe continuera de développer la première ébauche qui avait été réalisée, et s'inspirera également beaucoup de l'univers de H.P. Lovecraft pour créer l'ambiance. Ils opteront pour un jeu avant tout basé sur l'exploration et la résolution d'énigmes, et c'est ce qui fera d'ailleurs tout le charme du soft. Il y aura bien sûr quelques phases de combats mais celles-ci auront une place moins importante : il faudra donc explorer le manoir à la recherche d'indices en évitant les pièges qui occupent chaque pièce, certains étant parfois très bien cachés. Le joueur aura le choix au début du jeu entre deux personnages : Edward Carnby ou Emily Hartwood. Le choix du héros n'aura pas d'incidence sur le scénario, il faudra dans les deux cas enquêter sur la mort mystérieuse de Jeremy Hartwood (l'oncle d'Emily). Celui-ci semblait beaucoup s'intéresser à de vieux manuscrits, et des rumeurs au sujet d'histoires surnaturelles vont rapidement apparaître. Nos deux héros, Edward et Emily, n'auront d'autres choix que de venir enquêter directement sur les lieux : le manoir de Derceto.

Prouesse technique pour l'époque, avec un scénario vraiment bien travaillé, Alone in the Dark sera très apprécié. Frédérick Raynal aura bien l'intention de faire de son jeu une grande série à succès, et un deuxième volet sera bien sûr prévu. D'ailleurs, on pouvait trouver dans des versions tardives du premier épisode un petit jeu bonus inclus dans une disquette, et qui faisait office de publicité pour le second volet. Ce jeu, nommé Jack in the Dark, met complétement de côté les scènes de combat pour se concentrer uniquement sur les énigmes. Dans la peau de Grace Saunders, il faudra alors tout faire pour secourir le Père Noël du terrifiant Jack in the Box. Le scénario n'est pas formidable, mais cela a permis de patienter en attendant la suite.

Le second épisode qui sera loin de faire aussi bien que le premier. Nous voici enfin en 1993, l'année de sortie d'Alone in the Dark 2. Cette fois, le joueur n'a pas le choix du personnage : on contrôle uniquement Edward Carnby, qui va devoir aller à la recherche de Grace Saunders - la protagoniste du jeu bonus Jack in the Dark - enlevée par un individu du nom de One-Eye Jack. Pour ce second volet, un détail vient changer les plans des développeurs. En effet, Bruno Bonnell (qui était alors le médiatique président d'Infogrames) va exiger que le jeu soit plus orienté action au détriment de l'exploration. Pourtant, les développeurs auraient préféré continuer sur le même principe que le premier épisode. Suite à ce désaccord, une bonne partie de l'équipe, dont Frédérick Raynal, quittera Infogrames pour fonder leur propre société : Adeline Software Internationale (Little Big Adventure, Time Commando...).
Une nouvelle équipe sera donc chargée du développement du second opus et suivra les exigences de Bruno Bonnell en faisant d'Alone in the Dark 2 un jeu bien plus orienté action. Cependant, il y a un petit souci... car n'est pas Chuck Norris qui veut ! Notre petit Edward va avoir beaucoup de mal à se défaire des nombreux ennemis qui tenteront de lui barrer la route. Il faut dire qu'Alone in the Dark 2 n'était vraiment pas adapté pour le genre action. Les ennemis étaient bien trop nombreux et Edward se déplaçait trop lentement, ce qui posa quelques problèmes de jouabilité. A cause de ce côté action trop prononcé, le jeu sera pour le coup moins intéressant et n'aura pas le même succès que le premier épisode. Alone in the Dark 2 sortira tout de même sur plusieurs supports : tout d'abord sur PC en 1993, sur 3DO en 1995, et une version avec quelques améliorations sortira en 1996 sur Saturn et PlayStation sous le nom de Alone in the Dark – Jack is Back (Alone in the Dark – One-Eyed Jack's Revenge aux USA).

Alone in the Dark 3 prend un petit côté western. Bien qu'Alone in the Dark 2 ne fut pas une grande réussite, un troisième volet va quand même voir le jour sur PC en 1995. Alone in the Dark 3 apporte beaucoup de changements, notamment en ce qui concerne l'ambiance puisque cette fois le jeu se déroule dans une ville "Western" du nom de Slaughter Gultch. C'est dans cette ville qu'Emily Hartwood a disparu alors qu'elle réalisait un de ses films, une enquête dont Edward Carnby va bien sûr se charger. Ce côté cow-boy ne plaira pas à tout le monde et les ennemis sont toujours trop nombreux. On retrouve pratiquement les mêmes défauts que ceux d'Alone in the Dark 2, et les graphismes n'ont pas beaucoup évolué depuis le premier épisode. On notera tout de même quelques moments originaux comme la transformation d'Edward en cougar, mais rien n'y fait, le jeu s'éloigne trop de l'ambiance du premier opus. Alone in the Dark 3 sera une nouvelle fois un échec.

Pendant ce temps, chez Capcom on s'active pour développer un jeu qui reprendra la plupart des éléments qui avaient fait le succès du premier Alone in the Dark. Ce jeu n'est autre que Resident Evil qui sortira en 1996 et qui s'imposera comme une référence du genre.


> Le renouveau de la série

Dans The New Nightmare, le joueur aura le choix entre Edward Carnby ou Aline Cedrac. Les aventures d'Edward Carnby semblent tomber dans l'oubli et il faudra attendre 2001 avant de le voir de retour. Infogrames éditera le jeu et c'est le studio français Darkworks - dont il s'agit de la première production - qui se chargera du développement de cette quatrième aventure, intitulée Alone in the Dark – The New Nightmare. Edward sera cette fois accompagné d'une jeune femme du nom d'Aline Cedrac. Les deux héros se rendront sur l'île de Shadow Island. Alors qu'Edward s'y rendra pour enquêter sur la mort de son meilleur ami, la mission d'Aline sera de faire des recherches sur de mystérieuses tablettes. Pendant leur trajet, leur avion se fait soudainement attaquer par une créature, se crashe et nos deux héros se retrouvent séparés. C'est à ce moment là que le joueur a le choix de faire l'aventure avec Edward ou Aline. Le jeu se déroule toujours dans un manoir et les décors sont très réussis. Ce choix aura une grande importance puisqu'en fonction du personnage choisi, l'aventure changera quelque peu. En effet, les développeurs ont eu la très bonne idée de faire une aventure orientée action lorsqu'on joue avec Carnby, alors qu'avec Aline le jeu sera plus orienté exploration et résolution d'énigmes. On a pour le coup, l'impression d'avoir deux jeux en un et cela permet de satisfaire davantage de joueurs. Le titre dispose bien sûr d'autres qualités comme son ambiance vraiment angoissante, des graphismes très réussis et une gestion de la lumière très impressionnante. Cet épisode est donc très réussi et sortira sur plusieurs supports : PC, PS2, PS1, Dreamcast et Game Boy Color. Cette dernière version n'a pas les mêmes qualités que les autres mais reste assez réussie.
Cependant, le jeu aura bien du mal à s'imposer face à des titres comme Resident Evil et Silent Hill, et Infogrames va également connaître beaucoup de problèmes financiers par la suite.


> Plongée en Enfer

Nouveau look pour Carnby, et aussi nouveaux ennemis. Il faudra attendre 2008 pour voir un nouvel Alone in the Dark. Entretemps, Infogrames, qui était devenu détenteur de la marque Atari suite au rachat d'Hasbro Interactive, a décidé de prendre le nom Atari pour accroître sa notoriété à l'international, et la société décide de relancer la licence. Eden Games oblige, certains passages se dérouleront en voiture. C'est le studio français Eden Games - réputé pour la série V-Rally - qui s'occupera du développement du jeu sur Xbox 360, PS3 et PC, tandis qu'un autre studio français, Hydravision, qui a réalisé une série de survival-horror (Obscure), se chargera des versions Wii et PS2. L'histoire se déroule cette fois à New York, et une grande partie du jeu se déroule dans Central Park. On peut s'y déplacer librement en faisant bien sûr attention aux ennemis. En plus des armes à feu, Edward pourra récupérer différents objets sur le sol comme des barres de fer, des haches... mais pour se débarrasser une bonne fois pour toutes de ses ennemis, il faudra les brûler. Le feu est d'ailleurs un des éléments important du gameplay puisqu'il permet également de s'éclairer ou encore de libérer des passages. Sur PC et Xbox 360, le jeu s'en sort plutôt bien, mais le problème est qu'Eden Games est un studio plutôt spécialisé dans les jeux de courses... Même si Alone in the Dark n'est pas leur premier jeu d'aventure (le premier étant Kya – Dark Lineage sur PS2), le jeu aura plusieurs bugs, surtout au niveau jouabilité (bien qu'il soit possible de passer d'une vue à la première ou à la troisième personne à tout moment). Par contre, les voitures ont bénéficié d'un soin particulier puisqu'une fois à l'intérieur, il est possible de regarder divers détails que ce soit à l'avant comme à l'arrière du véhicule et même vérifier ce qu'il y a dans la boite à gants.
La version PS3, sous-titrée Inferno, sortira quelques mois après les versions 360 et PC et corrigera une partie des bugs, mais cela ne suffira pas à en faire un succès. Les versions Wii et PS2 seront encore de moins bonne qualité, et la jouabilité à la Wiimote posera encore plus de difficultés. Bien que ce dernier épisode ne soit pas complètement mauvais, il ne parviendra pas à reproduire les mêmes sensations que le jeu original et encore moins celle de The New Nightmare. Dommage, car le jeu avait quand même de très bonnes idées.

Deux adaptations en films ont également été tournées, et comme c'est souvent le cas, celles-ci sont loin d'être réussies. Le premier film, réalisé par le célèbre cinéaste allemand Uwe Boll, est sorti en 2005 et s'inspire du quatrième épisode. Autant le dire tout de suite, celui-ci est vraiment mauvais et n'aura pas vraiment de succès. Cela n'aura pas empêché un second film de voir le jour : sorti en 2009 et réalisé par Michael Roesch et Peter Scheerer, Alone in the Dark 2 réussit l'exploit de faire encore pire que le premier dans la mesure où il s'inspire encore moins du jeu vidéo ! Le seul élément en rapport avec le jeu, c'est le nom du personnage : Edward Carnby. Bref, deux films à oublier !

Le premier film Alone in the Dark avec plein d'action... Alone in the Dark 2, encore moins bon que le premier...

Le jeu d’Eden Games aurait dû connaître une préquelle, qui aurait été un remake du tout premier Alone in the Dark, avec évidemment Edward Carnby et Emily Hartwood comme protagonistes. Semblait-il prévu sur PC, PS3 et Xbox 360, le projet a été annulé à un stade plutôt avancé par Atari SA, sans doute déçu des ventes du jeu de 2008. En plein marasme suite à de nombreuses erreurs stratégiques et une accumulation de dettes, l’éditeur a aussi dû se restructurer après avoir été placé en cessation de paiements en 2013.

Pour se relancer, Atari SA a opté pour une stratégie modeste en se reposant sur son catalogue de franchises. C’est ainsi qu’un nouvel épisode bien moins ambitieux, Alone in the Dark – Illumination, sort en 2015 uniquement sur PC, et pour la première fois, la série est confiée à un studio non établi en France – l’obscur studio Pure FPS, dont il s’agira d’ailleurs de l’unique réalisation.

Proposant 4 personnages (dont un descendant d’Edward Carnby) dans une aventure jouable en coopération, le jeu – un TPS, contrairement au nom du studio – s’inspire grandement de Left 4 Dead, et vous met aux prises avec une incarnation du dieu « lovecraftien » Cthulhu.
On peut sans mal affirmer que ce jeu a été un échec complet, tant il est même passé sous les écrans-radar de la presse spécialisée internationale comme française, qui l’a complètement ignoré. Et les rares sites ou magazines qui s’y sont essayé ne l’ont pas du tout apprécié ! Un jeu qui aurait pu être totalement oublié s’il n’avait pas fait partie de la franchise Alone in the Dark ; peut-être même n’en avez-vous jamais eu connaissance avant de lire cet article !

Le projet de remake d’Alone in the Dark mené par Eden Games a émergé suite à la diffusion en 2014 d’une vidéo de démonstration sur YouTube Oui, Alone in the Dark – Illumination est bien sorti, j’ai été vérifier sur Steam !


> Un nouveau départ

Pour le reboot de 2024, THQ Nordic a fait appel à l’actrice britannique Jodie Comer et l’acteur américain David Harbour pour incarner Emily Hartwood et Edward Carnby Après autant d’échecs, la franchise Alone in the Dark aurait pu disparaître pour de bon. C’était sans compter sur THQ Nordic ! S’étant bâti sur des acquisitions de licences, l’éditeur autrichien – initialement Nordic Games – a d’ailleurs changé de nom en 2016 après avoir acquis la marque ainsi que certaines franchises de l’éditeur américain THQ disparu en 2013.
THQ Nordic se porte ainsi acquéreur en 2018 de la franchise Alone in the Dark. Le lancement d’un nouveau projet ne tarde pas, et est confié au studio suédois Pieces Interactive.

Annoncé en 2022 pour une sortie en 2024, Alone in the Dark se présente cette fois non comme un remake, mais comme un reboot de la franchise, revenant aux fondamentaux du jeu original. Prenant pour modèle le remake de Resident Evil 2 sorti en 2019, Alone in the Dark en adopte également le gameplay, avec sa caméra suivant le personnage par dessus l’épaule.

Longtemps tenu à l’écart de la franchise et de son évolution, Frédérick Raynal a d’ailleurs été rappelé pour assurer la promotion du nouveau volet, déclarant à cette occasion être très satisfait du travail fourni par Pieces Interactive.
Confiant dans son projet, le studio propose en 2023 un prologue gratuit intitulé Grace in the Dark (clin d’œil au mini-jeu Jack in the Dark), où l’on incarne de nouveau la jeune Grace Saunders pour une aventure longue d’une petite dizaine de minutes. Ce ne sera d’ailleurs pas la seule référence à la trilogie originale.

Alone in the Dark 2024 a été conçu dans un grand souci de fidélité au jeu original de 1992 Qui dit redémarrage, dit également reprise de l’histoire du jeu original, de son ambiance, son manoir Derceto, son côté littéraire (en moins dense) ainsi que ses protagonistes Edward Carnby et Emily Hartwood, qu’il faudra choisir en début de partie. A la différence de The New Nightmare toutefois, le choix du personnage n’aura que peu d’incidences sur le déroulement global de l’aventure, ce qui est tout de même dommage pour un jeu de 2024. Ce ne seront d’ailleurs pas les seuls reproches faits au jeu : accusant une bonne génération de retard en termes de réalisation et de modélisation des acteurs, le reboot est aussi pointé du doigt pour son gameplay daté et de manière générale, à des mécaniques de jeu – notamment les énigmes – sans génie. Bref, l’accueil s’est avéré mitigé, mais le jeu a tout de même été apprécié pour son hommage appuyé au jeu original.

Les ventes ne décolleront pas, au point que la holding détentrice de THQ Nordic, Embracer Group, annonce la fermeture du studio Pieces Interactive quelques mois seulement après la sortie du jeu. Une décision qui pourrait replonger la franchise Alone in the Dark dans le brouillard.


> Conclusion

La série aura donc eu du très bon et du moins bon. Quoi qu'il en soit, Alone in the Dark aura eu - comme le rappelle d'ailleurs le reboot de 2024 - une grande importance dans le monde du jeu vidéo, et tout ça, c'est à Frédérick Raynal qu'on le doit !

A lire :
- Tous les avis pour la série Alone in the Dark
- L'interview de Didier Chanfray

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