
Le test d'époque d'Elvira
Et c'est pour moi le parfait jeu oublié. La plus parfaite définition car de souvenir, il n'en a laissé aucun. Il n'a pas été encensé par la presse et il n'a pas été réhabilité aujourd'hui par les retrogamers de tous bords, ni même par une poignée comme une sorte de pépite mésestimée... Et pourtant, j'ai envie de croire qu'il existe des joueurs encore pour le découvrir d'un œil curieux. Car il s'agit bien d'un jeu singulier, d'une expérience inédite hier comme aujourd'hui.

Inévitablement, c'est l'absence de passion et d'originalité qu'on décèle en le découvrant. On pense à un clone paresseux de Flashback avec une jungle futuriste, identique et un bonhomme qui fait les mêmes roulades. L'ambiance SF se veut sobre et sérieuse. Pourtant, à mon grand étonnement, lorsque je l'ai découvert, la parenté se trouve ailleurs.

la box kitschouille de l'époque qui, je pense, n'aide pas à sa réhabilitation
En réalité, le jeu cultive surtout une ressemblance avec le X-men de l'époque, un platformer action de 1993 typiquement 16-bit, une exclue de la rutilante Megadrive, avec un héros qui aurait pu faire partie de la bande de mutants et une jungle qui fait penser au premier niveau du jeu Marvel, se déroulant d'ailleurs dans des décors aux mêmes teintes.

La jungle façon X-men
Et il y a une raison, une partie des développeurs de Pacific SoftScape avait travaillé sur ce fameux jeu X-men édité par Sega et devait produire une suite qui ne verra jamais le jour, faute d'accord de licence.
Generations Lost ressemble donc à X-men car il aurait du être ce fameux X-men 2. Le véritable X-men 2 sortira de son côté en 1995 avec le sous-titre Clone Wars, développé par Headgames pour Sega.
Principal concepteur de ce projet orphelin, le très jeune Bruce Straley, 16 ans à l'époque (!) qui intégrera ensuite Crystal Dynamics puis Naughty Dog. Il sera le prestigieux directeur des jeux Uncharted 2 jusqu'au 4 inclus mais aussi de The Last of Us, des jeux qui connaîtront un succès phénoménal et qui seront des classiques instantanés pour la marque Sony. Son pédigré parle pour lui et je sens déjà un talent singulier dans ce Generations Lost avec son lot d'idées toutes neuves dans son game design, surtout pour l'époque.

Generations Lost est donc un platformer/action entre Flashback et X-men. Et il en possède l'aura mais il est bien plus que cela. Notre héros Monobe est à la recherche du passé de sa tribu. Pour l'aider dans son périple, il s'est vêtu d'une armure futuriste, vestige d'un temps révolu et dont les symboles qui illustrent notre menu d'action sont cryptiques. Nous sommes doté d'un laser au poing qui permet à notre personnage presque tout. Outre ouvrir des portes et déclencher des mécanismes, il peut aussi l'utiliser pour azimuter les bestioles, et les mutants, et s'en servir comme grappin pour se suspendre et se balancer dans tous les sens.


Linéaire dans sa première partie avec des niveaux classiques, un biome marqué avec un point de départ et une sortie, le jeu va s'ouvrir étonnamment par le biais de téléporteurs et un semblant de map, donnant un petit goût de metroidvania avant l'heure.
Là où Generations Lost m'a surpris, c'est qu'il prend le contrepied de tous les jeux d'action de l'époque qui veulent que les ennemis pullulent de partout pour créer le danger. Les ennemis sont là, surtout dans le premier niveau mais ils sont au final assez rares. Ce sont des ponctuations. L'aventure est ailleurs : les pièges demandent une grosse part de réflexion et les obstacles à passer sont le cœur même du jeu.
Generations Lost est d'avantage un jeu d'exploration demandant de la patience et de la méthode. Un jeu où il faut réfléchir pour progresser dans un labyrinthe. Le jeu, plutôt court n'oppose pas une énorme difficulté, en proposant des passwords, mais il a ses petits moments piquants.
Le deuxième niveau, dans le temple, est exigeant et demande une parfaite maîtrise du perso avec du timing et de la rigueur. Il donne tout son sens et son rythme au jeu (un rythme posé, jamais frénétique).
Il y a aussi un passage dans une base souterraine, dans une quasi obscurité, qui peut être particulièrement frustrant, car il exige une exécution millimétrée de la voltige et du grappin. Monobe, bien que parfaitement animé, est parfois un peu raide à manier.

Un boss cyborg avec une mitrailleuse dénote mais c'est encore la réflexion qui va primer pour le vaincre. Le boss final demande lui aussi une part de rythme et de méthode pour un dernier pic de difficulté. Generations Lost a une ambiance étrange, c'est un périple silencieux, solitaire. Il y a un twist sur la fin (que je ne révèlerai pas) pour donner du sens à notre voyage.

Le futur a le spleen, il est enseveli par la végétation et une poignée de mutants errent dans les sombres couloirs de stations abandonnées, quand ils ne sont pas tout simplement désert. Sa musique économe, bruitiste, atmosphérique, ajoute de la singularité à cette expérience vidéoludique. Le jeu semble tellement à part, tellement "autre" qu'il s'agit non pas d'un clone sans âme mais bien d'un singulier artefact d'un temps lointain.
Avis sur le site : https://www.gameforever.fr/generations-lost-6315.php
