
Sujet débat façon les dossiers de l'écran (c'est so 80), j'accepte le bucher, les flammes ou le désintérêt. La moquerie, gardez là pour vous ou entre vous, je n'ai pas besoin qu'elle s'affiche publiquement en ce moment.
...L’élitisme dans le jeu vidéo...
La mise en scène de soi via un jeu vidéo, j’y ai moi-même participé, ou tenté d'y participer alors que je me considère comme un joueur très moyen, qui plus est pas franchement séduit par cette mode du surhomme. Mais je pense que c'est surtout juste un problème de confiance en moi, le genre à résoudre chez un psy, ou une immaturité si vous voulez.
Se lancer des défis, chercher l’adrénaline, c’est parfaitement légitime. Le souci, c’est quand ça devient un label de “mérite”, censé classer les joueurs entre les élus et les touristes. Et ça, l’industrie et certaines communautés l’entretiennent sciemment.
Prenons Dark Souls.
La légende raconte qu'il y a très longtemps, peut-être plus de mille ans, les eaux d'un terrible orage partirent au fond de la terre de Quézac... On dit que, année après année, les eaux de cet orage prirent ses forces à la pierre et se chargèrent de bulles miraculeuses. La légende voulait que si l'eau rejaillissait un jour, elle apporterait gaieté et longue vie à quiconque la boirait...
Non désolé, je m'égare, c'est pas le sujet... La légende raconte en réalité que c’est un jeu impitoyable, une initiation réservée aux braves.
En réalité, Dark Souls et davantage Elden Ring sont tout sauf fermés : ils offrent mille manières de rendre les choses plus accessibles, sans jamais l’afficher noir sur blanc. Tu peux invoquer des joueurs, une Mimic, spammer la magie, farmer (comme un gros porc, j'adore cette expression so 80), trouver une arme pétée… rien n’est interdit.
FromSoftware a conçu des jeux, pour la série des souls, relativement "souples", qui laissent chacun affronter les obstacles comme il le souhaite. Mais la communauté, elle, a fini par détourner ça en piège : si tu n’y vas pas à poil, sans magie, sans invoc, tu es un lâche ou un tricheur. En clair, un système ouvert est devenu une règle d’exclusion.
Et ce schéma d'exclusion se répète ailleurs. Regardez Silksong ou d’autres indés estampillés “hardcore” : la critique du gameplay, du rythme ou pire, de l'équilibrage est aussitôt renvoyée à un procès en incompétence.
Le jeu n’est plus vu comme une œuvre qu’on peut aimer, discuter, critiquer. Il devient un totem. Et les gardiens du totem protègent leur pureté trop souvent par le mépris. Je ne détaillerai pas les centaines de commentaires lus et même les tests indiquant cette exclusion d'office comme une immense qualité.
Les éditeurs et développeurs, eux, ne sont pas neutres dans l’histoire. Même une petite équipe (Coucou la Team Cherry !), ils savent très bien jouer de ce ressort. Vendre un jeu comme “impitoyable” et “réservé aux vrais”, ça flatte les égos et crée un buzz gratuit grâce à la fanbase. L’élitisme devient un outil marketing. Le joueur s’identifie à sa souffrance et, du coup, défend son achat comme une partie de lui-même. Résultat : la critique n’est plus possible. Et ce n’est pas un accident, c’est un business model.
Derrière le vernis héroïque, il y a le mérite légitime (je reconnais les exploits), une mise en scène de l’ego mais surtout, la toxicité pour lier tout ça et devenir un vrai problème à mes yeux.
Oui, les jeux, eux, sont souvent bien plus accueillants et tolérants que les communautés qui les entourent. Dark Souls te permet littéralement de rouler sur un boss en deux minutes si tu exploites ses mécaniques. Mais à l’inverse, Silksong — et surtout son culte — a transformé un jeu en un test de pureté, où l’important n’est plus le fun.
Le problème, c’est quand les options pour détourner la difficulté sont bien là… Mais volontairement tordues. Dans Silksong, certaines zones optionnelles pour obtenir outils et pouvoirs indispensables (le double saut par exemple) sont, en elles mêmes, des murs de difficulté absurdes. Un petit, ou plutôt un immense troll masqué en générosité. Et au final, ça renforce mon impression : que tout est fait pour alimenter un élitisme qui n’a jamais rien eu à voir avec mon plaisir de jouer.
J'ai détesté Silksong, même après 60 heures de jeu, et m'acharner comme un débile ne m'a pas aidé, et je le déteste en premier lieu pour son élitisme alors que derrière, je pressens bien un grand jeu.
Ce n’est pas demander un “mode facile”, par pitié,
Même si sur Lies of P, j'ai trouvé que c'était la plus belle preuve de courage de la part des développeurs (cynique peut-être, économique, pour s'ouvrir aux joueurs réticents), un courage face à la horde de l'élite, qui a préféré attaquer en commentaires acerbes la pureté entachée du jeu ou juste ne pas l'ébruiter. "Ne touchez pas à mon Lies of P, un mode "easy", c'est la honte."
Non, je ne cherche pas le mode "easy" à tout prix. Je regrette que le jeu vidéo soit juste devenu, en premier lieu, pour les jeux en haut de l'affiche, une arène de tri social.
